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Un restaurant Migros à l’heure du WEF

Davos est en ébullition lors du Forum économique mondial et le restaurant Migros n’est pas en reste. Melanie Spaqi, la gérante, ne perd pas sa contenance même si le président d’un pays se trouve face à elle à la caisse.

Texte Ralf Kaminski
Photos Nicola Pitaro
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Le président brésilien Jair Bolsonaro a fait les gros titres de la presse suisse l’an dernier lorsque son entourage et lui sont allés prendre leur repas au restaurant Migros de Davos, pendant le Forum économique mondial (WEF). Comme un client lambda, il a fait la queue au buffet et à la caisse. «C’est moi qui l’ai encaissé», se souvient Melanie Spaqi, la gérante du restaurant, «mais je n’ai pas réalisé qui était en face de moi. On est tellement stressé qu’on n’a pas le temps de regarder les clients.»

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Le président brésilien Jair Bolsonaro s’est rendu au restaurant Migros accompagné d’une petite délégation.

Ce n’est que lorsque les journalistes se sont postés derrière elle pour prendre des photos et la questionner qu’elle a réalisé qu’il devait s’agir d’un client particulier. «Je n’ai pas donné d’interview et je leur ai dit de s’adresser à notre service de presse.» La visite de Bolsonaro au restaurant a également été relayée dans les médias brésiliens. Les observateurs remarquent que le populiste de droite assez controversé a voulu montrer à son peuple qu’il était économe. Il avait en effet critiqué la cherté des prix à Davos, mais ne s’est pourtant rendu qu’une seule fois au restaurant Migros de Davos.

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Le président brésilien au restaurant Migros.

Mme Spaqi avait été prévenue à l’avance de cette visite. «Un policier est venu deux heures plus tôt et m’a demandé si nous pouvions lui réserver une table pour vingt personnes, indique-t-elle. Mais ce n’est pas possible chez nous. Je lui ai répondu qu’il fallait venir avant midi pour être sûr d’avoir des places.» En fait, elle n’avait pas vraiment compris qui allait venir: le policier avait juste cité son nom, qu’elle ne connaissait pas.

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Melanie Spaqi est gérante du restaurant Migros à Davos.

Pas de traitement de faveur

D’après elle, Jair Bolsonaro est jusqu’à présent le seul invité de marque du Forum économique à être venu depuis l’ouverture du restaurant Migros à Davos à l’été 2015. «Peut-être que je n’ai tout simplement pas reconnu les autres», avoue en riant l’Allemande de 39 ans, qui travaille et vit à Davos depuis 2003. Aimerait-elle recevoir un client particulier, peut-être la chancelière Angela Merkel? Melanie Spaqi secoue la tête. «Non, mais tout le monde est bienvenu. Même Donald Trump. Il ne faut juste pas qu’il s’attende à un traitement spécial.»

Cette maxime s’applique aussi à l’offre et aux prix du restaurant Migros. Alors que de nombreux restaurateurs et hôteliers profitent de l’occasion pour gonfler leurs prix pendant le WEF, le restaurant Migros ne change rien. À toute saison et quels que soient les événements qui viennent ponctuer la vie de Davos, la saucisse à rôtir servie avec des frites et une sauce aux oignons coûte 12.80 francs. «Nous avons beaucoup de clients locaux et ils ne comprendraient pas qu’on augmente subitement le prix de nos plats.»

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Un hélicoptère survole Davos.

Situé juste en face du centre des congrès sur la route principale qui traverse Davos, le restaurant Migros représente l’une des options les plus avantageuses pour prendre un repas chaud pendant le Forum économique mondial. Son taux de fréquentation est également élevé. Certaines entreprises organisent des contingents à l’avance pour leurs collaborateurs, qui paient ensuite leur repas avec des bons. Pour les employés du restaurant, même si les effectifs passent de douze à dix-huit personnes, cette période est la plus stressante de l’année.

Pendant le WEF, Melanie Spaqi commence sa journée à 7 h et quitte le restaurant vers 22 h, si tout se passe bien. Sa suppléante reste jusqu’à la fermeture à 23 h. «Pendant cette période, impossible de faire autre chose que travailler et dormir.» Il en va de même pour son époux albanais, qui travaille également dans la restauration dans un hôtel de Davos. «Si ma belle-mère n’était pas là pour s’occuper de nos trois filles en hiver, ça ne marcherait jamais.»

Davos un jour, Davos toujours

Auparavant, Melanie Spaqi travaillait dans l’hôtellerie en Allemagne. En 2003, sur les conseils d’une amie, elle avait envoyé sa candidature à un hôtel de Davos. «Je devais rester seulement une saison, mais je suis tombée sous le charme.» La famille vit au centre de la localité, à cinq minutes de la station du funiculaire qui mène au Jakobshorn. Elle l’utilise beaucoup en hiver. «La vie est agréable ici, surtout quand on a des enfants.»

Et heureusement que ce n’est pas toujours aussi stressant que pendant le WEF ou la haute saison en hiver. La situation se décante après Pâques, et pendant les vacances de printemps, tout est très tranquille. «C’est là que de nombreux habitants partent en voyage.»

World Economic Forum à Davos: du 21 au 24 janvier weforum.org

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