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Portrait

La triple vie de Svenn Moretti-Golay

Doté d’une superbe voix de contre-ténor, le chanteur lyrique et conseiller en communication lausannois s’est présenté en drag-queen à l’émission Show Me Your Voice, sur M6. Brisant ainsi la barrière des genres – et des préjugés.

Texte Véronique Kipfer
Photos Fred Merz
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Svenn Moretti-Golay, à la fois spécialiste en communication, chanteur lyrique et drag-queen.

Svenn Moretti-Golay est un homme multifacette. Rien que par son nom, déjà, aux sonorités à la fois nordique, italienne et suisse… - «Golay est le nom de ma mère, Moretti celui de mon père. Quant à mon prénom, c’est celui d’un joueur de foot que mon père a entendu sur un terrain, et auquel mes parents ont rajouté un «n» -.

Mais son parcours est également aussi riche que diversifié. Ce qui lui a d’ailleurs permis de se faire connaître auprès du grand public il y a cinq semaines, lors d’une participation inoubliable à l’émission «Show Me Your Voice», sur M6. Arrivé sur scène en drag-queen à la crinière blond platine, il a en effet dévoilé une magnifique voix de contre-ténor lorsqu’il a commencé à chanter «Voi che sapete», un air de Mozart tiré des «Noces de Figaro» - à la stupéfaction du jury, qui était persuadé que son personnage grandiose faisait du play-back. «J’ai suivi des cours au Conservatoire de Lausanne, puis me suis professionnalisé à la Haute école des arts de Berne avant de chanter durant cinq ans comme ténor dans le chœur de l’Opéra de Lausanne, explique l’artiste lausannois de 35 ans. J’ai aussi toujours chanté en contre-ténor pour m’amuser, mais mes professeurs m’en avaient largement dissuadé. Je réalise pourtant maintenant que je ne suis pas une voix ou l’autre, mais que j’ai clairement la chance d’être les deux. Et j’ai décidé d’exploiter dorénavant le registre de contre-ténor, car j’ai l’impression que c’est ma vraie voix, celle qui vient naturellement et ne me demande aucun effort.»

Une grandiose porte-parole

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Quant à son étincelante apparence de diva, c’est à la fois un personnage et son alter-ego féminin: «J’essaie toujours d’être glamour, tout en faisant des choix de vêtements qui dissimulent mes attributs masculins. C’est un personnage, oui, mais en même temps, je tenais à garder mon nom lors de l’émission: je ne voulais pas disparaître derrière lui ou sous un pseudonyme, et qu’on me colle une étiquette. Il fallait que je puisse encore exister en tant que Svenn et en tant que chanteur lyrique sous ma perruque blonde.»

 Passionné de scène, de costumes et de maquillage, cet habitué des salles de spectacles et cabarets vivait là sa première expérience télévisuelle : «Je n’avais jamais chanté du lyrique avec un micro et c’était la première fois que je chantais avec des retours dans les oreilles: c’est très déstabilisant, car en chantant du classique, on se concentre davantage sur ses sensations, tandis que là, je devais me concentrer sur ma voix et une bande-son. Et comme c’est tourné dans les conditions du direct, il n’y a qu’une prise: si on se rate, on se rate! D’autre part, les gens ne se rendent pas compte: j’ai travaillé ma voix durant plusieurs mois et préparé trois numéros, au cas où je restais jusqu’au bout. Des journalistes sont aussi venus tourner quelques scènes du quotidien chez moi, ce qui n’a pas été retransmis puisque j’ai été vite démasqué. En outre, on reste debout durant plusieurs heures durant le tournage de l’émission. Cela représente au total des heures et des heures de travail, pour deux minutes à l’écran.».

 L’artiste lausannois a néanmoins profité de l’occasion pour donner une vraie visibilité à la culture LGBTIQ+ et illustrer avec brio l’importance de ne pas se fier aux apparences. Et pour se faire mieux connaître, bien sûr. «J’ai apprécié le fait d’être contacté en tant que musicien professionnel, souligne le jeune homme. J’avais en effet décidé de prendre un peu de distance avec la musique classique début 2021, puis il y a eu le confinement. La possibilité de participer à Show Me Your Voice m’a enfin permis de mélanger les genres avec un côté show-bizz complètement anti-académique, et de gagner en visibilité. Cela a été une bonne façon de remettre le pied à l'étrier, musicalement parlant, et une bonne carte de visite pour la suite.»

Passions multiples

Travaillant actuellement à 50% comme conseiller en communication à Unisanté, à Lausanne, Svenn Moretti-Golay aspire à se consacrer un jour pleinement à la scène – et peut-être aussi à l’écriture, qui représente encore une énième passion pour lui: «J’ai déjà écrit des chroniques et des nouvelles, et j’aimerais aussi faire un roman, un jour, explique le jeune homme, qui a également fait un master en psychologie et ethnologie à l’Université de Neuchâtel. J’ai fait lire ce que j’avais rédigé à un ami, qui a demandé son avis à un éditeur. Il paraît que celui-ci a trouvé ça bon, ce qui me donne bien envie d’approfondir mon travail! Mais entre le moment où on crée et celui où on s’expose, il y a tout un processus qui n’est pas toujours facile à affronter… contrairement aux moments où je suis en drag-queen, et où les couches de maquillage créent une façade qui me protège partiellement.» Alors, comment ce bouillonnant créatif voit-il son avenir? «J’ai plusieurs casquettes, plusieurs perruques: j'aime écrire, mais j’aime aussi chanter et faire du drag… la question est maintenant de savoir si je me consacre uniquement à l’une de ces disciplines, ou si je compile les trois. Je pense que cela se décidera au gré des opportunités qui se présenteront à moi… Et maintenant que la crise sanitaire est presque derrière nous, je suis dans les starting-blocks. A bon entendeur!»

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