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Marin suisse

Cap sur l’Atlantique

Nicolas Schmid espérait figurer au départ de la Mini Transat 2021. C’était sans compter sur la pandémie qui a bouleversé ses plans. Mais ce n’est que partie remise… Son rêve de course au grand large en solitaire, ce navigateur chaux-de-fonnier le concrétisera en 2023.

Texte Alain Portner
Photos Matthieu Spohn
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Marin amateur, le Chaux-de-Fonnier Nicolas Schmid souhaite participer à la Mini-Transat, une régate qui part des Sables d’Olonne et se termine en Guadeloupe. Soit 7500 km à travers l’Atlantique.

Visage hâlé, rouflaquettes et créole à la Corto Maltese, mains aux paumes calleuses… Nicolas Schmid a le look et le physique d’un loup de mer. Avec les pieds bien ancrés sur terre puisqu’il vit et travaille à La Chaux-de-Fonds. Mais ce marin dans l’âme ne résiste jamais longtemps à l’appel du large. Il devait d’ailleurs fin septembre prendre le départ de la célébrissime Mini Transat. Mais le coronavirus est passé par là, balayant aussi sûrement qu’une tempête son beau projet.

Pas trace pourtant de vague à l’âme chez ce quadra: «Le Covid a mis la pagaille dans les épreuves de qualification, ça a retardé mon inscription et je me suis retrouvé sur liste d’attente… Après réflexion, j’ai choisi de reporter ma participation à l’édition suivante qui aura lieu en 2023. J’aurai ainsi deux ans supplémentaires pour affiner ma préparation.» Et tenter aussi de trouver un sponsor officiel afin de boucler son budget qui se monte à près de… 150 000 euros!

La mer a pris cet homme alors qu’il était haut comme trois pommes et s’épanouissait à mille mètres d’altitude. Loin, très loin des côtes. «Personne dans ma famille ne connaissait le monde de la voile. Cette fascination, je ne me l’explique pas vraiment. Ce que je sais, c’est qu’elle est née de mes premières lectures: des histoires de pirates, les aventures de Moby Dick et des Révoltés du Bounty ou encore les livres de Bernard Moitessier. Avec ces bouquins, je m’évadais.»  

À 11 ans, Nicolas Schmid fait ses premiers pas sur le pont d’un bateau. «Enfin!», commente-t-il avec un large sourire. C’est une révélation, un rêve qui prend corps, une passion qui ne le lâchera plus. Il sillonne le lac de Neuchâtel dans tous les sens. D’abord sur les esquifs des autres. Puis sur son propre voilier – un 9 mètres en acier – qu’il s’achète à 17 ans avec ses économies et l’aide de ses parents. Mais c’est la mer que ce marin d’eau douce veut prendre…

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En attendant de prendre le large, Nicolas Schmid vogue sur le lac de Neuchâtel – quand il y a du vent...

Son désir de navigation au long cours et de découverte du vaste monde, ce Montagnon le matérialise en prenant part à des croisières et en convoyant diverses embarcations en tant que membre d’équipage, second ou skipper. Il réalise même à trois -reprises la traversée de l’Atlantique, dont une fois avec femme et enfants. «Ce voyage a duré deux mois. Notre petite avait 2 ans et le grand a fêté ses 6 ans au milieu de l’océan. Inoubliable!»

Mais son fantasme ultime, c’est de faire une transatlantique seul. À l’instar des grands navigateurs qu’il admire. Le déclic, il l’a au Portugal, dans la marina de Cascais. «Au port, j’ai vu un voilier en piteux état. J’ai appris qu’il avait pris le départ de la Mini Transat avant de démâter. Dans le cockpit, il y avait une carte de l’océan Atlantique avec le trajet de la régate. Ça a été comme un signe, comme un appel, il fallait absolument que je me lance dans cette aventure.»

Avec l’aide d’une bande de copains, il ficelle son dossier et cherche des financements pour pouvoir participer à cette épreuve créée «dans le but de renouer avec l’esprit aventureux des premières transatlantiques.» Autrement dit, comme au bon vieux temps, en solitaire, sans assistance ni contact avec la terre, et à bord de voiliers de 6,50 mètres. Une folie pour nous, un super défi pour ce marin amateur.

Lui a choisi d’effectuer ce périple de 4050 miles (7500 kilomètres) sur un «scow», un bateau à nez rond taillé pour les courses au large. Et ce bolide, il l’a baptisé Mantay. «Ça signifie «maman» en quechua et c’est le nom d’une institution basée à Cuzco au Pérou qui accueille des filles-mères ayant choisi d’assumer leur maternité.» Contre vents et marées. À l’image de ce que vit Nicolas Schmid avec son projet qu’il a donc dû repousser à des jours meilleurs.

Ses tracas, ses soucis, il les oublie heureusement quand il est à bord de son monocoque de noix, perdu au milieu du vaste océan. «J’adore cette immensité, cet horizon à perte de vue. C’est un incroyable espace de liberté qui permet de naviguer jusqu’au bout de ses rêves, qui ouvre le champ de tous les possibles...»

Infos supplémentaires: www.minitransatnicolas.ch

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