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La passion du vin, naturellement 

Nadine Pfenninger-Bridy est la nouvelle œnologue cantonale du Valais. Elle raconte sa fascination à l’égard d’«un produit qui ne se fabrique pas  comme une limonade, et pour lequel il n’existe pas de recette infaillible».

Texte Laurent Nicolet
Photos Isabelle Favre
Châteauneuf/Sion le 18.11.2021 Nadine Pfenninger-Bridy, oenologue cantonale du Valais. Photo Isabelle Favre

«On peut dire que je suis née dans la vigne». Cela peut aider certes quand on est oenologue cantonale du Valais. En fonction depuis le 1er octobre, Nadine Pfenninger-Bridy, 51 ans, explique ainsi que son père était «vigneron du côté de Leytron» et que sur les premières photos la montrant, elle, dans un vignoble, elle ne devait «pas avoir plus de six mois». Bref la passion du vin «est venue assez naturellement»..

 Même si elle entame d’abord des études de chimie avant de «bifurquer vers l’œnologie», d’obtenir son diplôme à Changins, puis de devenir l’assistante de l’œnologue cantonal…vaudois. Puis de consacrer «pas mal de temps» à sa  famille, élevant deux enfants, tout en créant en parallèle, un laboratoire indépendant d'analyse-conseil.

 Comme œnologue cantonale, elle succède à une autre femme, Corinne Clavien: «c’est sans doute le signe que le vin devient de plus en plus féminin, la vinification en tout cas, avec de plus en plus de vigneronnes. Pour l’œnologie, c’est vraiment Corinne Clavien qui a ouvert la voie puisqu'elle a été la première femme œnologue de Suisse». Nadine Pfenninger-Bridy dit pourtant ne pas trop apprécier le terme «de féministe»: «je défends les femmes bien sûr, mais j’espère avoir été choisie plutôt pour mes compétences».

 Son travail, elle le voit comme «un rôle de lien entre la profession, l'Etat et la recherche». Il s’agira d’apporter soutien et informations à la branche «concernant par exemple les résultats de projets de recherche», mais aussi de «transmettre les soucis de la branche à l'administration». Bref d’«être à l'écoute de tout le monde».

 Une autre tâche de l’œnologue cantonale sera d’assurer «un soutien à la qualité». L’activité du laboratoire cantonal d'oenologie à cet égard peut-être qualifiée de «semi privée et semi étatique». «On offre un service à une clientèle qui le paye et qui est libre de l’utiliser ou pas: des caves  viennent ici régulièrement, on déguste les vins ensemble, on fait des analyses, on rendra attentif à un éventuel souci de vinification, on conseillera sur la manière d'intervenir». Côté étatique, outre le suivi déjà évoqué des travaux de recherche, il y aura la participation à diverses dégustations et concours «pour avoir un aperçu de la qualité dans l’ensemble du Valais». L’oenlogue assure aussi la préparation et la présentation des vins servis «quand l’Etat reçoit du monde».

 Contrairement au  canton de Vaud, qui dispose «d’une palette variée de terroirs avec des régions climatiquement très différentes – Lavaux, la Côte, le Chablais, le Nord vaudois – le Valais se retrouve avec un climat assez semblable sur l’ensemble de la zone viticole, mais en revanche peut se targuer d’une grand diversité de cépages».

Un atout qui pourrait se révéler décisif pour faire face aux dérèglements climatiques annoncés: «le fait de n’avoir pas juste un cépage mais de disposer d’une telle diversité cela va permettre une adaptabilité plus grande, la possibilité de choisir différents cépages en fonction du climat, de la chaleur, des sols – sur un sol un peu plus caillouteux on sait que la chaleur monte, on optera là  pour des cépages  qui ont davantage besoin de chaleur pour arriver à maturité».

Enfin, l’œnologue explique que le vignoble valaisan se trouve en phase de restructuration, une mue due «plutôt à une évolution de la société qu’à une évolution de la branche viticole». Longtemps en effet les vignerons valaisans ont été surtout des amateurs «qui faisaient leur propre vin de cave, mais cela existe de moins en moins, parce que les nouvelles générations n’ont plus envie de travailler les vignes. Et puis aujourd’hui plus personne n’a le temps de rien, plus le temps de faire son vin et d’avoir le plaisir de recevoir des amis et de le faire déguster. Le travail de la vigne tend à se professionnaliser».

 D’autant plus que «le vin suit  la demande. Or il existe davantage de connaisseurs aujourd'hui, les gens deviennent plus exigeants et le vigneron est obligé de s’adapter à cela, de répondre à cette exigence, d’aller vers une amélioration de la qualité, sans qu’il faille parler d'élitisme. Il existe encore heureusement des vins pour tout le monde».

Du soleil dans les coeurs

Nadine Pfenninger-Bridy cite deux raisons qui lui font aimer le vin: «D’abord c’est un produit naturel, on ne produit pas du vin comme on produit une limonade. Il n’existe pas de recette infaillible qui marchera toujours, parce que le vin souvent n’en fait qu’à sa tête». Elle préfère donc dire qu’on «élève un vin plutôt qu’on le fait, car le vin se fait un peu tout seul. Parfois on n’a pas envie qu’il aille où il va, mais il y va quand même».

L’autre raison qui rend le vin fascinant aux yeux de l’œnologue, c’est qu’il s’agit «d’un produit qui rassemble. J’aime ce pouvoir qu’il a de mettre du soleil dans les cœurs, de tisser des liens. Le plaisir ne réside pas que dans le vin lui-même mais aussi dans la manière de le boire, de le partager. Un vin magnifique que vous buvez tout seul sera toujours moins exceptionnel qu’un vin peut être plus simple mais partagé avec des amis dans un bon moment de convivialité» .

 

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