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Peurs

Une phobie animale, ça se dompte!

Les araignées et les serpents vous glacent le sang? Pas de panique! On peut apprendre à gérer ses peurs grâce à un atelier de désensibilisation à Aquatis à Lausanne.

Texte Patricia Brambilla
Venomous purple-spotted pit viper, native of Thailand. This one lives in captivity.

C’est souvent une ­méconnaissance des espèces – ici une vipère – qui engendre la peur (photo: Getty Images).

Les mal-aimés

Dans le top ten des animaux répulsifs, on retrouve toujours l’araignée, le serpent, le scorpion, le requin, le piranha, la chauve-souris ou le rat… «Ce sont des animaux dont on ne voit pas la mimique. Ils n’ont pas d’expression faciale, et donc n’attirent pas spontanément la sympathie», observe Michel Ansermet, directeur d’Aquatis à Lausanne. Mais le dégoût mâtiné de crainte se justifie parfois puisque certaines de ces bestioles sont très venimeuses, comme le taïpan du désert, dont une seule dose de venin suffit à tuer cent hommes. Reste à savoir distinguer les espèces, pour ne pas confondre les mygales et les inoffensives argyronètes, et éviter de mettre tous les œufs de serpents dans le même panier.

Trop d’images

Pour regarder ces bestioles d’un autre œil, mieux vaut prendre un peu de recul. Parce que nos rétines sont imprégnées de films et de récits qui entretiennent la terreur. D’Arachnophobia aux Dents de la mer, en passant par Anaconda, c’est toujours les mêmes qu’on met en scène. «Les religions jouent également un certain rôle. Dans l’Ancien Testament, c’est un serpent qui tente Ève, alors que dans le bouddhisme, le cobra est associé à la fécondité», souligne Michel Ansermet. Nos perceptions sont façonnées par nos histoires personnelles et notre environnement culturel. Place à la biologie pour corriger le tir.

Connaître pour respecter

La vraie phobie, c’est-à-dire la crainte totalement irrationnelle et démesurée d’un animal, ne concerne que 1,5% des gens. Tout le reste se partage entre la peur (3 à 4%) et le dégoût (95%), qui se confondent souvent. Trop de pattes qui bougent, apparence répulsive, mouvements imprévisibles, autant d’éléments qui peuvent donner la chair de poule. Mais toutes les frousses se traitent de la même façon. Michel Ansermet, qui défend ces bestioles mal-aimées depuis l’enfance, en est convaincu: «C’est souvent une méconnaissance qui engendre la peur. La connaissance est essentielle pour dépasser ses appréhensions, ses préjugés et respecter la vie animale.» Pour aider les gens à mieux vivre avec eux-mêmes et le petit monde sauvage qui les entoure, il organise des ateliers de désensibilisation deux fois par mois. Le succès est tel que les réservations courent jusqu’en mars 2023. Et que le responsable songe à augmenter la cadence à quatre fois par mois. 

Close up image of spider on grean natural background not in focus. Copy space for text. Wildlife near us.

L’araignée jouit souvent d’une mauvaise réputation alors que dans nos pays, elles sont presque toujours inoffensives (photo: DR).

Mâle désespéré

Pour apprivoiser une araignée, – mais c’est valable pour n’importe quelle bestiole qui nous tétanise – il faut se pencher sur son fonctionnement et sa fascinante morphologie, comme les vertèbres du serpent ou les filières de l’arachnide. Découvrir aussi son comportement: ainsi, la plupart des araignées ne sautent pas, mais craignent au contraire de chuter. Tomber du mur leur est fatal si elles n’ont pas le temps de s’accrocher avec leur filin. Vous verrez la tégénaire domestique, petite araignée qui squatte les appartements, d’un autre œil quand vous saurez qu’il s’agit souvent d’un mâle inoffensif et désespéré: «Il entre dans les maisons en quête d’une femelle qu’il ne trouve pas, puisque celle-ci, plus sédentaire, se cache souvent dans un nid à la cave ou sur un balcon», observe Michel Ansermet. Par ailleurs, à chaque fois que vous éclaffez une araignée, il se peut que ce soit une espèce inscrite sur la liste rouge. Évitez de tuer l’argiope frelon, déjà menacée d’extinction…

En chiffres

Les attaques de requin (environ 7 morts par année) font toujours les gros titres, alors que les vaches helvétiques tuent discrètement 4 personnes par année. De même, 12 personnes meurent chaque année en Suisse suite à des piqûres d’insectes, pendant que la malaria fait 1,5 millions de victimes dans le monde. On relativise…

Bon à savoir

Les trois points rouges que l’on découvre parfois sur sa peau en se réveillant le matin ne sont pas le résultat d’une morsure d’araignée, mais d’un acarien de lit. Par ailleurs si toutes les araignées ont deux crochets à venin, – sécrétion qui leur permet de prédigérer leurs proies – les espèces que l’on croise en Suisse n’arrivent pas à percer la peau humaine. Dormons tranquilles!

Gérer l’adrénaline

Michel Ansermet, qui a derrière lui vingt-cinq ans de sport d’élite dans le tir olympique et a traversé toutes les jungles du globe, ne jure que par le contrôle du stress. «Il faut un peu d’adrénaline pour performer, mais il faut savoir l’utiliser positivement et arriver à dissocier le corps et la tête.» Quand la pression est trop grande, face à un animal qui nous effraie par exemple, le cerveau ne réfléchit plus. Dans l’ordre: on respire pour décompresser. Ensuite on peut parler, s’adresser à l’animal, voire lui donner un petit nom, autant d’astuces qui permettent de reprendre possession de soi-même. Et on sort Chloé l’araignée avec une petite boîte
à disposition.

Bienvenue à Fort Boyard

Épreuve ultime: quand on est devenu maître du zen et que l’on a changé de regard sur toutes ces bestioles, on peut apprendre à les toucher. On réalise alors que le python royal n’est pas gluant, que ses écailles sont douces et que sa langue lui sert à s’orienter et à sentir les odeurs. En bon reptile nocturne, il somnole comme une pierre toute la journée. De même que l’araignée, petite tégénaire ou mygale poilue, passe sur la main avec la légèreté et la délicatesse d’une dentellière… Étonnant: une séance de quatre heures suffit à apaiser toutes les peurs. «Il est très rare que les gens doivent revenir. En général, à la fin de l’atelier, la plupart d’entre eux jouent avec les serpents et les araignées. Ils sont heureux et émus parce qu’ils ont gagné en qualité de vie», sourit Michel Ansermet.

Michel Ansermet, directeur d’Aquatis à Lausanne (VD) et animateur du cours de désensibilisation.

Michel Ansermet, directeur d’Aquatis à Lausanne (VD) et animateur du cours de désensibilisation (photo: DR).

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