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Aide humanitaire

Aider l’Ukraine au mieux

Que ce soit par avion, train ou camion, la Suisse livre à la frontière ukrainienne des biens de première nécessité comme des médicaments, des tentes ou du shampoing. Tous les dons matériels ne sont toutefois utiles.

Texte Dario Aeberli
Mitglieder des Sofort-Einsatz-Teams (SET) des Schweizerisches Korps für Humanitäre Hilfe (SKH), helfen mit dem Belad eines Zuges mit Schweizer Hilfsgüter. Der Zug mit 35 Tonnen humanitären medizinischen Gütern (Beatmungsgeräte, Verbandsmaterial, Schutzmasken, usw.) wird von Südostpolen in die umkämpfte ukrainische Hauptstadt Kiew fahren.

Les 35 tonnes de biens de première nécessité sont chargés dans des wagons par des collaborateurs de l’Aide humanitaire (AH) suisse (photo: DR).

Pendant que nos écrans diffusent en boucle la dévastation de la guerre en Ukraine, de nombreuses Suissesses et de nombreux Suisses ne veulent pas rester les bras croisés. Ils veulent aider de quelque manière que ce soit. Depuis le début de l’invasion russe, l’ambassade ukrainienne à Berne réunit les dons de la population et s’est rapidement retrouvée dépassée. Des caisses de transport s’entassent partout.

Responsable de l’Aide humanitaire (AH) suisse, Manuel Bessler connaît cette situation. Ce service, rattaché au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), est mis à contribution en cas de conflits, de crises ou de catastrophes naturelles pour venir en aide aux populations nécessiteuses. Pour lui, les choses sont claires: tous les dons ne sont pas utilisables. «Quelqu’un a apporté une caisse de tomates en vrac. Ça ne sert malheureusement à rien. Les tomates seront pourries avant de parvenir en Ukraine.»

Le meilleur moyen d’aider

L’ambassade d’Ukraine demande à ses bienfaiteurs de s’annoncer à l’avance par mail et écrit clairement sur son site que les jouets ne sont pas les bienvenus. Et qu’elle dispose déjà de suffisamment de vêtements. Mais comment peut-on savoir ce dont les gens sur place ont réellement besoin? «De Berne, il est impossible de le savoir. Pour connaître les besoins, il faut être sur place et s’entretenir directement avec la population ukrainienne», explique Manuel Bessler. C’est la raison pour laquelle son équipe se trouve actuellement à Lublin en Pologne, au plus proche de la frontière ukrainienne.

Il déconseille ainsi les collectes de dons individuelles. «Pour aider la population ukrainienne, les dons d’argent à des organisations connues sont le moyen le plus efficace. Elles achètent les biens nécessaires sur place plutôt que de les transporter à travers la moitié de l’Europe.» Pour effectuer ce travail humanitaire, l’expérience des zones de crise est importante. À 64 ans, Manuel Bessler l’a acquise en se rendant en 1991 en Irak pour le compte du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et sous l’égide de l’ONU lors de la guerre en Yougoslavie.

La sécurité n’est jamais garantie

«La première chose dont ont eu besoin les réfugiés en provenance d’Ukraine, c’est d’obtenir un certain réconfort, mais aussi un peu d’intimité.» C’est ainsi que, le 1er mars, lors de la première semaine de guerre, un avion d’aide humanitaire affrété par le DFAE a livré des tentes d’hiver, des chauffages, des ustensiles de cuisine et des sacs de couchage à Varsovie, où la branche ukrainienne de Caritas s’est occupée de la distribution.

Manuel Bessler

Manuel Bessler est responsable de l’Aide humanitaire (AH) suisse, un service rattaché au Département fédéral des affaires étrangères (photo: DFAE).

Dans un deuxième temps, Manuel Bessler et son équipe ont organisé en collaboration avec la pharmacie militaire deux transports par camion de biens médicaux. Lundi soir dernier, le deuxième camion chargé de lits d’hôpitaux, de désinfectant et de protections contre les brûlures a atteint le centre de distribution de Lublin où la Croix-Rouge ukrainienne a pris possession de la marchandise.

Pour l’équipe de Manuel Bessler, un engagement sur le terrain en Ukraine est pour le moment trop dangereux. «La Russie ne peut pas nous donner de garanties de sécurité, ce qui est clairement un mépris du droit international.» Il y a trente et un ans, quand Manuel Bessler a débuté auprès de la Croix-Rouge, cela aurait été impensable. «Le travail humanitaire est aujourd’hui devenu beaucoup plus dangereux. En ce domaine, le monde a malheureusement régressé», explique-t-il. Cela a des conséquences pour lui et son équipe de onze personnes stationnées à Lublin: aider à cette distance, c’est comme essayer d’avancer avec le frein à main serré. Alors même qu’ils voudraient travailler sur place en Ukraine, ils doivent se contenter pour l’heure d’accueillir à la frontière polonaise les personnes déplacées. Entre-temps, une seconde équipe de l’Aide humanitaire suisse s’est installée en Moldavie.

Migros de la partie

Les biens de l’aide humanitaire arrivent actuellement en majorité en Ukraine grâce aux chemins de fer. C’est ainsi que dix-neuf wagons remplis d’articles d’hygiène de Migros et Coop sont arrivés mercredi dernier à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine. «Combien de temps les voies ferrées vont rester ouvertes? Nous ne le savons pas. Cela peut changer à tout instant, ce qui rend la planification logistique très délicate.»

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Des bénévoles trient les paquets arrivés à Lviv, ville de l’ouest de l’Ukraine (photo: DR).

Cette difficulté logistique commence déjà en Suisse: au départ, les wagons de marchandises devaient être remplis avec les articles d’hygiène au centre de la logistique de l’armée à Othmarsingen (AG). Mais pour dix-neuf wagons, la place à disposition n’était pas suffisante. Les collaborateurs de CFF Cargo ont ainsi dû récupérer les palettes chargées de pansements, de sprays pour plaies et de savon liquide avec des camions au centre logistique de Migros à Neuendorf (SO) pour les charger sur les rails avec celles de Coop à Dietikon (ZH).

«Nous espérons pouvoir à l’avenir distribuer nous-mêmes l’aide directement en Ukraine», indique Manuel Bessler qui précise que l’Aide humanitaire suisse est en discussion avec les autorités ukrainiennes et russes. «Nous ne pouvons pas nous rendre simplement incognito en Ukraine, ce serait trop dangereux. Nous devons nous en tenir à la voie officielle.» Aider directement sur place ne sera donc possible que si les deux parties l’autorisent.

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