Navigation

Lord Betterave

L’humoriste qui prend racine

Sur scène ou à la radio, le Fribourgeois Julien Rossier, alias Lord Betterave, est en train de se faire un nom avec ses blagues décomplexées, ses punchlines efficaces et son regard tendre ou ironique sur la Suisse.

Texte Pierre Wuthrich
Photos François Wavre | Lundi13
315458_cx_57_cy_999_cw_4943_ch_2898

Lord Betterave: «Je pars du principe que l’on peut rire de tout, pour autant que le dosage soit bon».

Autodérision

«Savoir rire de soi, c’est la base du métier d’humoriste. C’est aussi pour cela que j’ai choisi ce surnom absurde. Je l’ai adopté juste avant de monter sur scène à Paris et je le garde, car je veux savoir jusqu’où je peux aller avec ce handicap – qui n’en est finalement pas un. Il me permet de me démarquer de tous ceux qui font du stand-up en se faisant appeler par un seul prénom. Et puis, cela me rappelle que la vie est une vaste blague. On arrive sur Terre sans le vouloir et on vit notre vie sans la comprendre.»

Bouc émissaire

«J’aime bien me moquer des Français. Ça marche toujours ici. Mais c’est aussi un moyen pour, au final et par ricochet, rire de nous les Suisses. Car finalement, nous sommes parfois pires qu’eux. Quand je joue en France, je porte un faux regard naïf sur leur quotidien. Ça les fait rire d’écouter un observateur étranger parler
de leurs émissions télé ou leurs politiques.»

Enseignement

«J’enseigne le français et l’histoire à Fribourg. Mes élèves ont entre 16 et 19 ans. Certains aiment ce que je fais, d’autres pas ou s’en fichent carrément. On parle parfois ensemble des vidéos qu’ils ont vues sur les réseaux sociaux, mais sans plus. Pour eux, tous les profs sont un peu bizarres. Donc être humoriste ou parachutiste, c’est un peu pareil. Pour moi, ça me permet de me dégager de l’image du vieux professeur un peu chiant. Par ailleurs, une classe, c’est comme un public. Si je vois que je le perds ou qu’il s’ennuie, j’adapte le cours. Enfin, être en contact avec des jeunes me permet de rester au courant de ce qui les fait rigoler. Je me ringardise moins vite.»

Fribourg

«J’ai vécu à Lausanne et à Paris, mais j’éprouve un lien particulier avec ma ville natale de Fribourg, où je vis à nouveau. Pour moi, c’est un peu une Suisse en miniature. On y parle deux langues, c’est à la fois urbain et campagnard. Il y a beaucoup d’étudiants, mais aussi beaucoup de personnes âgées. C’est donc très intéressant à observer. Surtout qu’il y a chez le Fribourgeois un certain je-m’en-foutisme, dans la manière de s’habiller ou de parler, qui est très plaisant. Ils sont aussi les premiers à me dire de ne pas prendre la grosse tête.»

One-man-show

«Mon one man show, que j’ai créé l’an dernier, n’a pas de nom. Cela me laisse plus de liberté pour le faire évoluer. Je l’adapte en fonction de l’actu, de la ville où je joue et de l’interaction avec le public. C’est un joyeux chaos. De plus, je l’alimente aussi avec des thèmes de mes chroniques que je fais sur Couleur 3, sur Radio Fr ou à La Télé. Je reprends certains sujets et les retravaille pour la scène. Pour le moment, je n’ai pas encore le temps de penser à un second seul-en-scène: je suis en train de co-écrire, pour la deuxième fois, la Revue fribourgeoise qui sera donnée en fin d’année à Estavayer et Fribourg notamment.»

Rire

«Je pars du principe que l’on peut rire de tout – pour autant que le dosage soit bon. Cela signifie que la blague doit être davantage drôle que méchante. Je teste mes textes sur ce qu’on appelle des plateaux. Ce sont de petites scènes où plusieurs humoristes viennent à tour de rôle durant quelques minutes. Le public sait qu’il va jouer le rôle de cobaye. Cela permet de savoir ce qui marche, ce qui doit être retravaillé et ce qui fait un bide. Le Graal est de trouver la blague la plus courte possible qui provoque le rire le plus long possible.»

Théâtre

«À 17 ans, des amis et moi avons fondé le Théâtre de Pérolles. Depuis, on joue chaque année des pièces de boulevard ou des comédies que l’on écrit. Le théâtre a été pour moi la meilleure des écoles. Pour le jeu d’acteur et la mise en scène bien sûr, mais aussi parce que nous avons dû apprendre tous les métiers affiliés, allant de la construction des décors au choix des costumes, en passant par la comptabilité et la vente de boissons. Si j’aime jouer dans une troupe – cela permet aussi de se reposer sur les autres et de se cacher derrière un personnage –, je préfère presque le stand up. Je suis seul en scène, avec mon propre texte, et je joue mon propre personnage. C’est un vrai challenge.»

A suivre

Retrouvez Lord Betterave au Caustic Comedy Club, à Genève, le 17 mai, et au Strap, à Fribourg, les 20 et 21 mai; ou suivez-le sur Instagram et Facebook.

Plus d'articles