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Ingénieure et auteure

La femme aux deux visages

Chimiste en charge du contrôle qualité des produits vendus à Migros, Marlène Krampé devient, une fois chez elle, Marlène Charine, auteure de thrillers à succès récompensée par des prix littéraires en Suisse, Belgique et France.

Texte Pierre Wuthrich
Photos Nik Hunger
Covervorschlag

Marlène Krampé et Marlène Charine: une femme, deux talents.

Un métier sous la loupe

Pour Marlène Krampé, la sécurité joue un rôle de premier ordre. Chimiste formée à la Haute École d’ingénierie de Sion, la Lausannoise est responsable des tests de produits non alimentaires au sein des Swiss Quality Testing Services (SQTS), un laboratoire appartenant à Migros. «Je dois m’assurer que les articles proposés à la vente, par Migros ou d’autres distributeurs, sont irréprochables. La gamme de produits que nous contrôlons dans le département non-food est très large et va des textiles aux tondeuses à gazon, en passant par les cosmétiques. Une de mes tâches est la sécurité des jouets: je vérifie par exemple que les yeux des peluches ne peuvent pas se détacher et ainsi être avalés par un enfant ou que les teneurs en métaux et phtalates d’un article en plastique correspondent aux exigences des normes suisses.»

Un travail varié qui plaît à cette mère de deux adolescents. «Il nous faut être très précis et consciencieux dans nos analyses, tout en parant à toute éventualité lorsque nous définissons les tests à effectuer sur un échantillon.» La tâche nécessite donc une belle émulation au sein de son équipe. «Nous devons imaginer tout ce qui pourrait se produire en manipulant tel ou tel objet, qu’il s’agisse d’un train en bois, d’une bougie parfumée ou d’une machine à café.»

Travaillant sur le site de Dietikon (ZH) des SQTS, la Romande évolue depuis une vingtaine d’années maintenant dans un univers germanophone. Ce qui ne pose aucun problème pour celle qui a toujours aimé les langues et se voyait bien, à 12 ans, devenir interprète, avant d’opter pour un cursus scientifique. Ah oui, il y a quand même un hic. Marlène Krampé ne peut que difficilement partager sa passion, à savoir l’écriture, avec ses collègues. En effet, ses thrillers n’ont pas encore été traduits en allemand…

Une passion sous la plume

Pour Marlène Charine, la liberté joue un rôle de premier ordre. Dans son dernier roman noir, Léonie, l’auteure narre l’histoire d’une jeune femme qui, après avoir été séquestrée durant près de six ans, se retrouve d’un jour à l’autre libre de ses mouvements, suite au décès naturel de son kidnappeur. Seulement voilà, elle n’osera reprendre le cours normal de son existence et s’en ira cacher le corps dans une forêt, où la police découvrira d’autres cadavres… «Je m’intéresse beaucoup à la psychologie de mes personnages, à qui je m’attache énormément. Léonie souffre du syndrome de la cabane. Elle ne parvient pas à quitter la maison de son agresseur où elle se sent en sécurité. Certaines personnes ont aussi connu cette peur après le semi-confinement. Reprendre des activités normales n’allait pas forcément de soi.»

Puisant son inspiration dans une scène de la vie quotidienne, une personne qu’elle croise ou une phrase entendue à la radio, Marlène Charine (contraction des prénoms de ses deux grands-mères, Charlotte et Nadine), imagine avec force détails des histoires dans sa tête avant de les coucher sur papier. «Entre mon travail et la vie de famille avec deux enfants, ce n’est pas toujours facile de trouver du temps. Heureusement, j’arrive à transcrire mes récits n’importe où, à la cuisine, sur le balcon ou dans le train.»

Et la technique fonctionne. Car après avoir écrit deux petites dizaines de nouvelles fantastiques, la Lausannoise s’est lancée dans le thriller. Dès son deuxième roman, Marlène Charine a trouvé un prestigieux éditeur, Calmann-Lévy, qui l’a aussitôt prise son sous aile. Aujourd’hui, l’auteur en est à son troisième livre édité avec son équipe parisienne, et les prix s’accumulent en France, en Belgique et en Suisse, où Marlène Charine a reçu le prix du polar romand en 2020. «Savoir que ses personnages ont su toucher le public, c’est la plus belle chose qui puisse arriver à un auteur. Tout comme les retours des lecteurs, ces prix sont de magnifiques reconnaissances, une motivation à mon envie, à cette nécessité de raconter des histoires.»

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