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Compétition

Les riders du futur

Place à un nouveau sport: la trottinette électrique aura son premier Championnat du monde, dont une manche se déroulera à Sion (VS). Parmi les concurrents, coup de flash sur le Vaudois Matis Neyroud, un des deux Suisses à y participer.

Texte Patricia Brambilla
Photos Niels Ackermann
Matis Neyroud, rider freestyle, en train de tester un e-scooter en vue du Championnat du monde.

Matis Neyroud, rider freestyle, en train de tester un e-scooter en vue du Championnat du monde.

On l’appelle «le monstre» dans le milieu de la compétition. Un pantalon noir baggy, T-shirt ample assorti, une chevelure léonine autour d’un visage solaire. Matis Neyroud, à peine 20 ans, fait partie de ces sportifs de l’extrême, qui glissent avec désinvolture sur toutes les surfaces. Son objet fétiche: une trottinette freestyle, avec son deck large et sa structure légère en alu. «Il a un équilibre phénoménal! Il est tout le temps dans son monde, à répéter les tricks dans sa tête, il est très focus», raconte un de ses potes de bitume, Eros Napoli, intarissable.

Matis Neyroud, Tisma pour les intimes, est un des rares trottiriders à avoir fait de sa passion son métier. Depuis gamin, il dévale en deux roues, s’amuse à faire des drifts dans les rues pentues de Saint-Légier (VD). Et touche à tous les sports qui font frémir les parents, du motocross au snowscoot… «J’ai arrêté mon apprentissage de viticulteur pour faire de la compétition. Et j’ai tourné pro en Australie en 2020, où j’étais parti apprendre l’anglais», raconte Matis Neyroud. C’est là-bas qu’il rencontre le rider aux sept médailles d’or, Ryan Williams, légende vivante qui l’initie à la méga rampe. Car si Matis Neyroud aime la vitesse, ce qu’il préfère, c’est «les tricks, tourner des vidéos et faire évoluer le sport.»

Deux Suisses sélectionnés

Son obsession: chercher les courbes, les rails, faire vriller la trottinette dans les airs, slider sur les barres et autres rampes métalliques. Il vit sa première compétition à 12 ans, aligne les podiums et décroche une médaille dans une Street Jam à Genève en 2015. Sa figure signature: un «double backflip to manual», comme on dit dans le jargon. Comprendre: un double périlleux avec atterrissage sur la roue arrière, qu’il est le seul à avoir tenté et réussi à ce jour.

Autant de tricks acrobatiques sur le mobilier urbain qui lui ont valu 68 000 abonnés sur Instagram et attirent les sponsors comme des mouches. Mieux, il est l’un des deux Suisses – l’autre étant leTessinois Jamiel Guerchadi  ­– à avoir été sélectionnés pour le eSC. Ce premier championnat du monde d’eScooter, des trottinettes électriques capables de monter à plus de 100km/h, se déroulera en six temps dans six pays, dont la Suisse pour la deuxième étape, les 27 et 28 mai prochains. L’entier de la course sera même retransmis en direct sur la BBC et Blue TV.

C’est donc sur un parcours de 800 m, en pleine ville de Sion, que s’affronteront les trente concurrents, garçons et filles, débarqués du monde entier. Des athlètes moulés au BMX, au motocross ou au patinage de vitesse, que l’on croirait sortis du film Disney Les nouveaux héros. Avec leur combinaison moto GP, casque, dorsale et sliders aux genoux pour permettre de se déporter le plus possible, ils seront répartis en équipe de trois, façon écurie de F1, avec un coach, des arrêts au stand pour changer les pneus, faire un peu de stretching et corriger les erreurs de parcours.  «On prend tout dans les jambes, c’est très physique. A 70 km/h dans un virage, il faut tenir. Après cinq minutes, on est trempé», raconte Matis Neyroud, qui a déjà pu tester le bolide à Malaga.

Meilleurs temps à Malaga

Pour le championnat, il troquera donc sa trottinette freestyle pour un engin au carénage futuriste, équipé de deux moteurs. Et il a toutes ses chances. Ses atouts? Son excellent équilibre et son positionnement ajusté lui ont déjà valu le meilleur temps à l’entraînement, 34 secondes 01 au tour. «C’était comme une piste de karting, j’avais vraiment la banane! Mais je ne connais pas les autres parcours. A Sion, on va se retrouver avec des trous, des passages piétons, des virages en dévers, ça va être assez technique», s’inquiète un peu le rider vaudois.

Pour l’heure, il virevolte avec insouciance. S’amuse dans les bowls des skate parks. Enchaîne les saltos pour se faire les jambes, et mange un paquet d’épinards. Audacieux, mais pas complétement casse-cou, Matis Neyroud. L’inspiration, il la trouve chez Tony Hawk, skateur longue durée qui a inventé une cinquantaine de figures, dont le «900» (deux tours et demi en l’air). «Il a mené une belle carrière dans un sport dangereux, mais il a su rider intelligemment. C’est un exemple dans le sport extrême.»  

Bien sûr, le million de dollars promis aux vainqueurs du championnat d’eSC pèse dans le game. Mais celui qui a déjà connu deux accidents sévères, dont un a failli lui coûter la vie et l’autre lui a laissé des acouphènes dans l’oreille gauche, n’est pas prêt à tout pour une victoire: «J’ai hâte d’y être. Mais l’argent ne change pas mon état d’esprit. Je veux d’abord prendre soin de moi, mon but est de rester entier. Ne pas finir dans une chaise.» Il projette de s’acheter un van, de mettre tout dedans et de continuer à bourlinguer comme ça, en suivant son rêve à deux roues. De la vitesse, des tricks, de la légèreté. «Je voyage beaucoup, je kiffe ma vie», dit-il simplement, en faisant tournoyer sa trotte avant de s’envoler pour une compétition vidéo au Mexique et d’attaquer le  Championnat.

Championnat d’eScooter

6 pays (Angleterre, Suisse, France, Italie, Espagne, Etats-Unis)

30 pilotes

15 manches le jour de la course

10 équipes

6 pilotes par course

5 minutes de course par manche

1 pilote / 1 équipe gagnante par course

Deuxième manche à Sion, les 27 et 28 mai 2022. Infos sur https://official.esc.live

Un petit bolide

313932

Vitesse : 100 Km/h et plus

Deux moteurs : 2X6 Kw

Capacité de la batterie : 1,33 Kwh

Poids : 41 Kg

Angle d’inclinaison : 45° et plus

Courant max : 200 A

Festival de la transition à Sion

La capitale valaisanne veut se profiler durable et écologique. En organisant le Festival international de la transition, du 24 au 29 mai 2022, qui se tiendra au cœur de la ville ainsi que sur le campus d’Energypolis, l’association 1PEC vise la sensibilisation du grand public aux thématiques du virage énergétique, digital et économique. Au programme, des animations, des expos sur un ton résolument futuriste – on pourra créer son avatar personnalisé pour entrer dans les espaces du festival ­­– et surtout un événement phare autour d’un nouveau sport en pleine ascension: l’eSkootR Championship. «On cherchait un événement populaire pour présenter la thématique. La course d’eScooter était parfaite pour communiquer sur la transition énergétique. Sion a eu une bonne vitesse de réaction et une belle agilité, ce qui nous a donné l’avantage sur les autres villes. On a bénéficié d’un bon alignement des planètes», se réjouit David Crettenand, président de l’association 1PEC. Une manière de faire de la trottinette électrique l’emblème de la micro-mobilité dans les centres urbains.

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