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Sampling the World

Le chant des villes du monde

Arthur Henry a décidé de parcourir les continents pour capturer les sons de métropoles comme Istanbul, Kiev ou Berlin et en faire des œuvres musicales originales. À découvrir en vidéo et bientôt sur scène.

Texte Pierre Wuthrich
Photos Matthieu Spohn
Double champion suisse de beatbox, Arthur Henry parcourt le monde<br/>pour enregistrer des sons pour son projet "Sampling the World"<br/>Dans chaque ville, il est demande à des passants de chanter, faire du<br/>bruits avec des objets du quotidien. Ensuite, il mélange le tout et créé<br/>une chanson et une vidéo.

Arthur Henry sort en ce moment une vidéo avec des samples de La Chaux-de-Fonds dans le but de promouvoir sa candidature pour devenir capitale culturelle 2025.

Le semi-confinement a parfois du bon. Surtout quand il permet à un artiste de créer une bulle d’oxygène créative là où d’autres ne voient qu’un enfermement anxiogène étouffant. Arthur Henry appartient, lui, définitivement à la première catégorie.

Bloqué à La Chaux-de-Fonds, le jeune trentenaire a su profiter de la situation et développer une idée qui lui trottait dans la tête depuis quelque temps: enregistrer en différents endroits du monde les sons de la rue et les musiques que des gens produisent sans se concerter pour les malaxer en des compositions cohérentes. «J’ai contacté tous mes amis et connaissances sur les réseaux sociaux et leur ai demandé de m’envoyer des enregistrements. Comme ils avaient tous du temps à disposition, ils ont répondu favorablement à l’appel.» 

Arthur Henry se retrouve alors avec des dizaines de samples, allant de différentes voix à des mélodies jouées par une multitude d’instruments, en passant par des bruits du quotidien comme un tiroir à couverts que l’on referme… Car bien évidemment, du fait de la pandémie, il s’agissait davantage de sons provenant des intérieurs que de l’espace public. De ce fourbi sans lien apparent, le Chaux-de-Fonnier parviendra à créer une vidéo épatante qu’il baptisera Sounds of the Lockdown. «Chaque bruit peut en théorie entrer dans une composition», sait le musicien. Pour cela, il faut bien sûr avoir quelques notions de solfège, une oreille pour écouter autrement les sons et les rassembler ainsi que bien évidemment des idées et du talent.

De tout cela, Arthur Henry est bien évidemment doté, et sa première création l’a encouragé à concrétiser son idée initiale d’aller – réellement – à la rencontre des gens pour capter les sons, bruits et musiques de la planète. Depuis le relâchement des mesures sanitaires, c’est chose faite et le Chaux-de-Fonnier a lancé son Sampling the World.

Sampling the World: Geneva.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, Arthur Henry s’est déjà rendu à Berlin, Istanbul, Reykjavik, Rome, Genève ou Kiev pour réaliser à chaque fois une autre création musicale et devrait se rendre cet automne à Buenos Aires. «Avant de me déplacer, je prends des contacts – ce peut être des amis d’amis par exemple – qui seront amenés à chanter ou jouer d’un instrument. À cela s’ajoutent des rencontres au hasard des rues.» Il faut préciser que tous les intervenants d’une ville ne se connaissent pas et ne savent absolument pas ce que les autres ont ou vont enregistrer. «Ils se montrent toujours surpris de savoir qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Et ils sont tout autant surpris au final quand ils voient et entendent que l’ensemble tient la route. Quant à moi, je suis toujours reconnaissant de tous ces sons que l’on m’a offerts.»

Pour s’aider dans son travail, Arthur Henry choisit généralement un sample – ce peut être une mélodie chantée – qui servira de fil rouge à sa création. «Je choisis cet élément central en fonction de l’émotion qui passe entre la personne et moi au moment de l’enregistrement, et non en fonction du caractère musical. Ensuite, j’ajoute les dizaines d’autres sons, dont certains sont décortiqués afin de ne prendre qu’une seule note.»

Enfin, Arthur Henry peut aussi compter sur ses propres apports. Car notre homme, double champion suisse de «beat box», est une boîte à rythmes à lui tout seul, capable de sortir le plus naturellement du monde les sonorités les plus éloignées de la voix humaine. «Chacun d’entre nous peut les produire aussi. Cela demande juste un entraînement des muscles buccaux. Mais c’est extrêmement gratifiant de parvenir à produire un son électronique de sa bouche», explique celui qui donne pour quelques mois encore des cours de «beat box» à La Chaux-de-Fonds.

Le messager de la paix

Actuellement disponibles en vidéo seulement, les créations musicales des différentes villes seront prochainement proposées en version de concert. «Pour cela, je travaille avec la chanteuse Giulia Dabalà et le batteur Félix Fivaz. L’idée est que Giulia reprenne en live certaines parties chantées dans les vidéos, voire les transforme, et que Félix vienne rythmer l’ensemble.» Le tout sera à découvrir en Suisse romande et idéalement dans les villes d’où viennent les samples.

Ah oui, encore une chose: la chanson-vidéo réalisée l’automne dernier à Kiev n’est pas encore sortie. «Elle est prête pourtant, mais elle est bien évidemment très chargée d’émotions et j’attends le bon moment pour la faire découvrir. Je veux qu’elle soit utile.» Gageons qu’elle se drapera alors d’une dimension supplémentaire et portera loin un message de paix au monde.

Découvrir le monde d’Arthur Henry.

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