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Escapade

Sur les hauteurs du lac de Bienne

Voilà une rando classique, mais garantie fraîcheur, parfaite pour les jours de canicule. De Macolin à Douanne (BE), l’itinéraire propose du panorama, de l’évasion champêtre et des cascades d’eau claire

Texte Patricia Brambilla
Photos Matthieu Spohn
Vue du lac de Bienne depuis Macolin

Vue du lac de Bienne depuis Macolin

1 Macolin et son panorama

 Sitôt débarqué du funiculaire, on traverse l’immense site de Macolin, haute école fédérale de sport, créée en 1944. Et on prend même le temps de s’arrêter sur l’immense esplanade. Le coup d’œil y est époustouflant: sous le drapeau suisse se découpe tout le lac de Bienne, avec l’Aar qui file en ligne droite, corsetée jusqu’à Büren, et la petite Thièle qui baguenaude juste à côté. Avec un peu de chance, vous embrasserez tout le Seeland, avec en arrière-plan le massif des Alpes bernoises: l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau, ce jour-là enturbannés, sont en point de mire.

En traversant le site de Macolin, paradis des VTT et du nordic walking, on profite d’admirer les nouvelles halles de formation, à l’architecture élégante et boisée. Pour cette première partie, le chemin gravillonné est essentiellement forestier et en légère montée, le seul effort pour les mollets de tout le parcours. Il scinde soudain la forêt en deux, rassemblant à gauche les conifères pour une ambiance sombre et mystérieuse, et à droite les joyeux feuillus. Un regard au sol permet de voir que la zone est truffée de raiponces en épi (phyteuma spicatum). Cette vivace adore les forêts humides et se reconnaît à son inflorescence blanche ou violacée, qui ressemble à un mini épi de maïs monté sur tige. Les gourmets l’appellent à juste titre l’asperge sauvage. Ses boutons floraux, que l’on peut grignoter en chemin, sont encore meilleurs passés à la vapeur et servis avec une tombée d’huile d’olive et de citron, ou même mélangés à un risotto !

 

2 Paysages Ricola

 On atteint le point culminant du jour, 1044 m, quand on sort du bois pour débouler en plein champs et se mettre en mode roue libre. Voilà sans doute le tronçon le plus bucolique et émouvant de la balade. On slalome d’abord entre quelques chalets de vacances, jardinets aménagés avec ici une télécabine, là un terrain de pétanque sous une vieille pub Ricard, le ton est donné. Et puis, place aux folles prairies battues par le vent, qui se succèdent dans un flou impressionniste. Les hautes herbes, entremêlées d’esparcette rose, de scabieuses mauves et de marguerites soigneusement réparties, prennent des airs de tapisserie cousue main. Sous le ciel d’orage, l’or des renoncules éclate, tandis que le paysage continue de s’ouvrir sur l’ondulation des corolles et le fauve des grains d’oseille. Les vagues de prairie, comme une houle, ne sont fendues que par le petit chemin blanc des Noisetiers, qui les traverse en titubant.

Après un virage, quelques génisses et une maison flanquée d’iris, on se retrouve devant un autre tableau: des champs agricoles dans un camaïeu de verts, avec au centre une mini-forêt mixte, trouée par le sentier. On s’y engouffre, comme dans une cathédrale de verdure, havre de fraîcheur bienvenue. C’est là aussi, à quelques enjambées, au hameau de Gruebmatt, que se trouve une immense ferme bio, avec ses champs bien alignés. Des effluves de menthe sauvage et de mélisse dorée viennent chatouiller les narines du promeneur. Ici, on désherbe à la main, les genoux dans la terre, et on bichonne ces herbes aromatiques, qui sont destinées à la fabrication des bonbons Ricola.

La suite se passe dans une hêtraie avec quelques fenêtres sur le lac de Bienne. Encore des vergers sur le plateau de Diesse, une soudaine échappée sur le Chasseral, mais mieux vaut fermer les yeux en passant à côté de l’hôtel Twannberg, à l’abandon, dont l’architecture improbable hésite entre le complexe troglodyte des Barbapapas et les pires réalisations des années 70. Le bucolique chemin du moulin (Mühleweg) avec ses pierres disjointes vous fera oublier ce cauchemar architectural.

 

3 Gorges profondes

Un petit portique signale l’entrée dans les gorges, lesquelles sont classées réserve naturelle. C’est aussi là que se trouve un restaurant, Chez Zünd, avec un atelier de soufflage de verre (ouvert de ma-di, 10h30 à 17h). L’endroit est vraiment pittoresque, comme le sera toute la fin de la balade. Quelques marches et une passerelle, voilà enfin la fameuse rivière Twann/Douanne, qui ce jour-là est au plus bas, glougloutant à peine. Changement de décor : après les champs cultivés, place à la nature sauvage, qui reprend ses droits. Troncs coupés, tombés en travers de l’eau, mousses fluorescentes, racines d’arbres qui emballent d’immenses blocs de pierre. On dirait que l’érable a gagné la partie, feuille-caillou-ciseaux…

Un petit pont nous emmène sur la rive gauche, l’eau prend soudain de la vitesse, récurant le calcaire, façonnant de larges vasques, là où le goulet se resserre. On marche sous des surplombs rocheux, tandis que la canyon prend des allures de jungle luxuriante: tout ici vit en suspension, lianes accrochées au précipice, racines à l’air, ramures qui vacillent au bord du vide. Tout foisonne et prospère dans un grand chaos vertical. En sortant des gorges, ouvrez l’œil : c’est là que se trouve la grotte de Douanne, qui abrite sept espèces de chauve-souris, dont le grand Murin et la Barbastelle.

Il ne reste alors qu’à se laisser descendre par le Platteweg, une volée de marches qui déboulent au cœur du village vigneron de Twann/Douanne, bourré de charme. Mais avant de filer à la gare, une halte s’impose à l’Hôtel Bären, qui a sa petite célébrité: c’est là qu’Anton Mosimann, fameux cuisinier suisse au nœud papillon, a fait ses gammes, avant de devenir le cordon bleu des stars et de la reine d’Angleterre…

 

 

Carnet de route

Départ : Macolin (BE) 

Arrivée : Twann/Douanne (BE). Retour en train.

Comment s’y rendre : en train jusqu’à Bienne, puis funiculaire qui monte en huit minutes à Macolin. Départ tous les quarts d’heure. Infos sur www.ehsm.admin.ch

Durée : 4h avec pause pique-nique.

Distance : 11.29 km

Dénivelé : 244 m montée/684 m descente

Difficulté : aucune, mais déconseillé par temps de pluie et impossible avec une poussette, à cause des nombreuses marches dans les gorges.

A savoir : la balade peut se faire dans l’autre sens pour une variante plus musclée avec montée dans les gorges.

Se restaurer : une épicerie et plusieurs restaurants à Macolin, restaurant et soufflerie de verre Chez Zünd à l’entrée des gorges, nombreux coins pique-nique.

 

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