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Lutter pour la vie

L’avocat-lutteur

Avocat pénaliste à Lausanne, Adola Fofana pratique le MMA à Genève, un sport de combat peu banal pour un non-voyant.

Texte Pierre Wuthrich
Photos Guillaume Mégevand
Adola Fofana, combattant MMA et avocat

Adola Fofana a trouvé dans le MMA une façon d’évacuer la pression qu’il peut connaître dans son ­quotidien d’avocat.

À la suite d’un accident, Adola Fofana a perdu petit à petit la vue alors qu’il avait la vingtaine et étudiait le droit. Un coup forcément dur, qui en terrasserait plus d’un. Mais pas ce Lausannois qui a su relever la tête. «Je ne vous cache pas que j’ai eu des moments de tristesse et de doute, mais j’ai eu la chance d’être entouré de ma famille et mes amis», se remémore Adola Fofana, aujourd’hui âgé de 50 ans. De plus, il sait ne pas se perdre dans des réflexions vaines sur ce qui aurait pu se passer si le destin en avait voulu autrement. «Je préfère lutter pour des choses que je peux changer plutôt que de me battre contre des faits du passé», résume-t-il.

C’est pourquoi Adola Fofana a décidé de poursuivre son rêve d’ado-lescent – devenir avocat – en continuant sa formation avec un post-grade en droit européen et international économique, puis en passant son brevet. «Cela m’a peut-être pris plus de temps, mais au final, j’ai le même titre qu’un autre. Savoir être patient est d’ailleurs l’une des plus grandes qualités qui soient.»

Trouver son propre angle

Depuis 2019, Me Fofana a sa propre étude au centre-ville de Lausanne, dans laquelle travaillent également une juriste et une assistante. «Travailler en tant que pénaliste m’a toujours plu, car je trouve qu’il y a une grande part de créativité. Chacun peut aborder un dossier avec son propre angle et aller ensuite le défendre. Et puis, j’aime chercher à comprendre la personne, comment elle en est arrivée là.»

Se préparant avec des outils électroniques comme un scanner lisant les textes et les fonctions audio de son ordinateur et de son smartphone, Adola Fofana peut compter sur une fabuleuse mémoire qui fait qu’au tribunal il plaide sans dossier – ce qui ne manque pas d’impressionner la cour et ses adversaires. Cela étant, l’avocat ne cherche pas forcément la confrontation. Il est également un fin médiateur, qui tente de trouver, avant la case tribunal, des solutions acceptables pour les deux parties, que ce soit un couple, des voisins ou n’importe quel citoyen qui aurait eu maille à partir avec un autre individu.

Ces situations, souvent lourdes, pèsent sur le moral. Pour évacuer la pression, Adola Fofana a trouvé un loisir qui lui permet de se défouler comme peu de sports: il pratique le MMA, pour Mixed Martial Arts, une discipline mêlant boxe, kick-boxing et lutte notamment et finissant souvent en un corps à corps au sol. Réputé violent, le MMA fait pourtant du bien à notre avocat. «Je m’entraîne à Genève une fois par semaine. Si je rate une séance, mes collègues à l’étude me font vite remarquer que je deviens insupportable.»

Ce choix de sport peut paraître étonnant – surtout pour un non-voyant. «J’avais déjà pratiqué des arts martiaux auparavant, comme le karaté. J’ai fait aussi de l’escrime ou du krav-maga. Commencer le MMA est parti d’une boutade avec le coach de la salle que je connaissais. Je lui avais alors lancé que si je trouvais un travail à Genève, je viendrais m’entraîner avec lui. Et comme quelque temps plus tard j’ai décroché mon premier job là-bas, j’ai dû tenir parole.» Une bonne occasion alors de mettre en pratique la formule de l’unité de forces spéciales britanniques SAS qui est chère à Adola Fofana: «Qui ose gagne.»

Canaliser la violence

Aux entraînements s’ajoutent aussi des combats avec une technique bien à lui: amener l’adversaire au sol pour attaquer. Et ce, grâce à des sens mis en éveil au fil des ans qui lui permet-tent de sentir où se trouve son adversaire. Alors, bien sûr, il lui arrive de recevoir des coups, mais il sait aussi en donner et est devenu un membre respecté du club.

«Comme pour mon travail d’avocat, il est essentiel d’être endurant et de très bien se préparer si l’on veut gagner», analyse Adola Fofana. Sans parler de la souplesse, d’une excellente condition physique et bien sûr du respect de l’adversaire. Autant de paramètres que l’avocat compte bien transmettre aux membres de l’association dont il est depuis peu le vice-président: les enfants de Fruidelweiss. «Nous nous adressons
à des jeunes, dont certains ont des problèmes. Nous souhaitons qu’ils canalisent leur violence et puissent s’épanouir via le MMA.» Une bonne manière de lutter préventivement contre de futurs éventuels délits. Car oui, Adola Fofana le médiateur est aussi un pacificateur.

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