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Vacances

De quoi sera fait notre été 2022?

Après deux ans de pandémie, les Suisses ressentent un urgent besoin de s’évader – ce que les professionnels des vacances et du tourisme confirment.

Texte Patricia Brambilla, Pierre Wuthrich
Photos Nicolas Righetti / Lundi13
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Que ce soit à Genève ou ailleurs, tout le monde espère passer des vacances reposantes sous un ciel clément.

Roland Schegg, en tant que professeur de tourisme à la HES-SO en Valais, comment jugez-vous l’envie de voyage des Suisses? Est-elle plus forte qu’avant la crise?

Après deux ans de pandémie, on voit un vrai engouement pour le voyage. Au niveau de l’aviation, le volume des réservations par certaines plateformes semble être plus haut que celui de 2019! Nous vivons un peu un revenge travelling: toute une frange de la population, qui n’a pas pu utiliser le budget vacances depuis deux ans, veut maintenant en profiter à fond, quitte à dépenser plus que d’habitude.

Que sont devenues les bonnes résolutions liées à la situation de pandémie: voyager local, ne plus prendre l’avion…?

Entre les déclarations et la réalité, il y a souvent un fossé. Pendant la crise, les frontières étaient -fermées, le changement était imposé. Il y a eu une prise de conscience, mais il ne faut pas croire que cette évolution sera rapide. Certes, une bonne partie de la population a redécouvert la Suisse et les avantages du tourisme de proximité. On a vu aussi le boom du camping, qui continue cette année encore. Mais il faudra observer à plus long terme ce qui restera, si de nouvelles formes de pratique touristique se mettent en place. Pour le moment, on a peu de données fiables et pas assez de recul.

Est-ce que nos habitudes de voyage ont quand même changé?

Plusieurs études le montrent: la durabilité est un facteur qui va compter à l’avenir. D’où le label swisstainable, affiché par 700 acteurs touristiques et promu par Suisse Tourisme. C’est important de se positionner sur ce créneau-là, qui est aussi une manière de fidéliser le touriste suisse. Des plateformes internationales comme Booking, Google et Expedia proposent aussi un filtre «durabilité» dans leur moteur de recherche. Mais le marché n’est pas homogène et chaque voyageur a ses contraintes. Les gens aimeraient voyager de manière respectueuse, mais c’est parfois plus compliqué et plus cher de choisir des voyages qui ménagent l’environnement, les ressources et la société. L’offre en séjours éco-responsables attractifs manque encore de diversité.

Le Suisse reste-t-il un grand voyageur?

Oui, d’autant qu’avec le franc fort, il a un pouvoir d’achat supérieur. Mais la question qui devra se poser ces prochaines années est: pourquoi partir absolument? Il serait écologiquement souhaitable de passer ses vacances dans sa région ou son pays et de ne pas avoir honte de le dire. D’autant que le tourisme de masse ne permet pas vraiment les échanges culturels ni la rencontre de l’autre… 

Et vous, où partez-vous cet été?

J’ai pris une offre d’Interrail, qui me permet de voyager pendant deux mois, dans trente-trois pays d’Europe. J’irai découvrir des villes d’Allemagne du Nord et des Pays-Bas. Je n’ai pas totalement renoncé à l’avion, mais j’essaie toujours de voyager autrement. D’autant que le retour des trains de nuit en Europe, notamment pour l’Allemagne et l’Autriche, permet de faire le trajet au prix d’une nuit d’hôtel bon marché.

 

La Suisse sous la loupe

140 francs

Tel est le budget par jour et par personne dépensé par les voyageurs suisses lorsqu’ils voyagent en Helvétie.

 

54,8%

des nuitées annuelles dans l’hôtellerie sont enregistrées en été, avec une légère préférence pour le mois de juillet. Un signe que les résidents de Suisse apprécient aussi les séjours estivaux.

 

Zermatt for ever

La pandémie a quelque peu changé le top ten des destinations de vacances helvétiques. Zurich, ville préférée en 2019, s’est fait détrôner par l’iconique Zermatt en 2021. De même la crise a favorisé les belles Tessinoises avec leurs airs méditerranéens, propulsant Ascona et Lugano dans le top 5, juste derrière Davos qui reste sur la troisième marche du podium. Les perdantes: Bâle, Lausanne et Berne, dont l’attrait citadin s’est un peu émoussé pendant le covid.

 

Cap sur la montagne

En 2021, 54,4% des nuitées ont été réservées en montagne, 13,6% dans les grandes villes, 20,1% dans les petites villes et 11,9% dans les zones rurales. Des chiffres qui confirment bien les motivations de voyage en Suisse, les touristes étrangers avouant surtout rechercher de la nature, de la relaxation et du panorama.

 

64,4%

des vacanciers privilégient la voiture comme moyen de transport en Suisse. Le train n’est lui plébiscité que par 31,9% des touristes suisses.

 

Mais d’où viennent-ils ?

Provenance des touristes étrangers en 2021, du fait de la pandémie: Suisse (70,9%), Allemagne (30,2%), France (11,5%), Benelux (9,4%), Italie (6,4%). A titre comparatif, en 2019, le trio gagnant des provenances étaient la Suisse (45,3%), l’Allemagne (9,9%) et les USA (6,3%).

Sources: OFS/Suisse Tourisme.

 

Du côté d’Hotelplan

Les îles attirent

Notre belle Helvétie a beau être un pays de rivières et de lacs, elle peine à concurrencer les mers et océans. Ainsi, chez Hotelplan Suisse, des destinations comme les îles grecques, les Canaries et les Baléares comptent parmi les plus demandées, et ce, ­depuis de très nombreuses années. 

 

Dubaï, la ville-mirage séduit

Si la Tanzanie, les Seychelles, l’Italie ou la Turquie sont à la mode, Dubaï est la destination émergente, observe Hotelplan Suisse. La raison? L’émirat a rouvert ses portes aux touristes en juillet 2020 déjà, provoquant un appel d’air vers sa capitale, facilité également par un faible décalage horaire, une durée de vol courte et une météo favorable, si l’on évite la fournaise estivale.

 

Impatients de pouvoir partir

Après avoir dû ronger leurs freins ­durant deux ans, les Suisses trépignent de pouvoir à nouveau voyager. ­Hotelplan Suisse note que les ­nouvelles réservations entre mars et mai 2022 pour les vacances d’été ont retrouvé le niveau de 2019, voire l’ont dépassé. Pour l’exercice en cours, Hotelplan Suisse estime toutefois que le chiffre d’affaires sera encore inférieur de 20% à celui de 2019.

 

On recommence à planifier 

Le calme actuel au niveau de la pandémie permet aux voyageurs de mieux planifier leurs vacances. Hotelplan Suisse observe ainsi que les Suisses se décident moins à la dernière minute que durant la pandémie et qu’ils
sont toujours plus nombreux à déjà réserver leurs vacances d’automne.

 

Un budget plus important

Après deux ans de pandémie et des possibilités de voyages réduites, les clients d’Hotelplan Suisse ont envie de se faire plaisir. Les offres du segment supérieur sont plébiscitées. 

 

Les étrangers reviennent

Le loueur de maisons et appartements de vacances Interhome le remarque: les hôtes internationaux reviennent chez nous. En 2021, 26% de la clientèle était étrangère alors que cette année près de la moitié des locataires viendront d’autres pays que la Suisse.

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