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La Suisse au régime sec

Depuis des semaines, le pays est sous l’emprise de la sécheresse. Et malgré les orages annoncés, pour l’hydrologue Massimiliano Zappa, de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), il est encore trop tôt pour souffler.

Texte Deborah Bischof
few small corn plants on the drained land. visible damage on the leaves due high temperaturesee other similar images:

À cause de la chaleur et du manque d’eau, le maïs sèche sur pied (photo: Getty Images / iStock).

Pourquoi la Suisse est-elle si sèche en ce moment?

Une grande partie du pays n’a presque pas reçu de précipitations pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Le Tessin est particulièrement touché. La dernière fois qu’il y a vraiment plu, c’était en décembre 2021. Mais même au nord des Alpes, il n’est que rarement tombé de grandes quantités de pluie depuis le printemps. À cela se sont ajoutées trois vagues de chaleur depuis juin. Les températures élevées ont entraîné l’évaporation d’une grande partie de l’eau des sols. Et lorsqu’il fait chaud, les besoins en eau de la population augmentent également, par exemple parce que les jardins et les espaces verts sont plus souvent arrosés.

Qu’en est-il des lacs et des rivières? 

Tous manquent d’eau. Le niveau du Rhin, par exemple, a atteint cet été un plus bas historique. Les rivières ou lacs de petite envergure ont également tiré la langue ou, pire, tout simplement disparu à l’image du lac des Brenets, complètement asséché. Les associations de pêcheurs ont tiré la sonnette d’alarme au cours des dernières semaines. En raison de la baisse des niveaux, les températures sont trop élevées pour de nombreuses espèces de poissons. Une faible cote a en outre des répercussions négatives sur la navigation et, dans le cas du Rhin, sur le transport de marchandises en particulier.

Si la pluie arrive, est-ce la fin de la sécheresse?

Selon les hydrologues, l’arrivée de la pluie pourrait entraîner une légère détente de la situation pour la végétation si les précipitations se prolongent. Mais il faudra peut-être encore des semaines avant que les lacs et les rivières ne se rétablissent. 

Pourquoi les orages n’apportent-ils qu’une aide limitée?

Les pluies sont localement très abondantes en peu de temps. Souvent plus que ce que le sol peut absorber. Si chaque goutte de pluie compte à court terme, les orages ne sont guère utiles à moyen terme. Au lieu de cela, il faudrait, sur de larges espaces, 100 à 150 millimètres de pluie répartis sur deux à trois semaines. Ainsi, les sols pourraient se saturer à long terme et les réservoirs d’eau souterraine se remplir à nouveau.

L’eau potable se fait-elle rare? 

Localement, les premiers goulets d’étranglement sont apparus. Ainsi, la commune tessinoise de Mendrisio a décrété en juillet que l’eau ne pouvait être utilisée que pour le foyer, et non plus pour arroser les jardins ou laver les voitures. Toute personne qui enfreint cette interdiction s’expose à une amende de 10 000 francs. Depuis, la situation s’est au moins un peu détendue au Tessin grâce à quelques orages. Pourtant, il n’est pas encore question de rétablissement, surtout dans le sud.

Quel rôle joue la sécheresse dans le contexte de la crise énergétique?

La température de l’eau des rivières étant très élevée, le refroidissement de certaines centrales nucléaires n’a temporairement pas pu être assuré. Elles ont donc dû réduire leur production d’électricité, par exemple à Beznau (AG). En hiver, des rivières trop chaudes ne devraient toutefois pas poser de problème. Il en va tout autrement pour les barrages: leur bon fonctionnement dépend des précipitations. Actuellement, leur niveau d’eau est un peu plus bas que les années précédentes et si la sécheresse se poursuit, cela pourrait aggraver la pénurie d’électricité qui menace cet hiver.

Quelles sont les conséquences de la sécheresse pour l’environnement et l’agriculture?

 Les prairies se sont transformées en foin, les plantes se sont desséchées et certains arbres commencent à montrer des feuilles brunes. Quelques-uns perdent même déjà leurs feuilles afin de réduire leurs besoins en eau. Les conséquences sont également perceptibles dans les Alpes. De nombreuses sources sont asséchées, c’est pourquoi l’armée a déjà dû à plusieurs reprises acheminer de l’eau par avion dans des régions de montagne pour approvisionner les animaux et sauver la saison d’alpage.

Faut-il davantage économiser l’eau?

De manière générale, non. Mais nous devrions prendre conscience que l’eau peut aussi se faire rare en Suisse, du moins au niveau régional. Dans de tels cas, les associations régionales de distribution d’eau potable tirent la sonnette d’alarme.

Y aura-t-il davantage d’étés secs à l’avenir?

Les derniers étés caniculaires enregistrés avant 2022 remontaient à 1947, 2003 et 2018. Alors qu’il s’est écoulé plus de 50 ans entre 1947 et 2003, les intervalles aujourd’hui plus courts laissent supposer que ces phénomènes extrêmes pourraient se produire plus fréquemment à l’avenir.

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