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Météo

Le ciel nous tombe-t-il sur la tête ?

Record de sécheresse, incendies de grande ampleur. L’été 2022 est devenu anxiogène et affole les esprits. Portons-nous trop d’attention à la météo ? Les clés de lecture de Sarah Koller, chercheuse et praticienne en écopsychologie à l’Université de Lausanne

Texte Patricia Brambilla
Photos GettyImages
Sécheresse record et intempéries. Les regards restent tournés vers le ciel.

Sécheresse record et intempéries. Les regards restent tournés vers le ciel. Sommes-nous devenus accros à la météo?

Chaque intempérie est commentée. Sommes-nous devenus obsédés par la météo ?

C’est vrai que l’on parle de plus en plus du changement climatique. Peut-être qu’il  y a davantage de ressenti, parce que nous percevons que les changements s’accélèrent, maintenant que la Suisse, et pas seulement des pays lointains, est aussi touchée.  

N’y a-t-il pas une tendance à l’info alarmiste ?

Je n’ai pas l’impression que les présentateurs météo surinterprètent les informations qu’ils donnent. Et dans les médias, ce sont en général des experts qui prennent la parole pour nous expliquer des faits. Au contraire, parler de la sécheresse, des pénuries énergétiques possibles, de l’amenuisement des ressources est nécessaire pour pouvoir nous y préparer. Nos conditions de vie sont en train de se changer. C’est une nouvelle réalité avec laquelle il faudra vivre.

Mais n'y a-t-il pas confusion entre météo et climat ?

C’est effectivement à différencier, mais je n’ai pas  observé de dérive de ce côté-là. Faire des liens entre le micro et le macro, entre nos comportements quotidiens et leur impact global sur l’environnement, semble par ailleurs essentiel. Ce sont des sujets qui peuvent paraître abstraits, et c’est tout un travail de recréer le lien.

C’est-à-dire?

On  évolue dans une culture, qui s’est construite dans une illusion de séparation avec la nature. Mais on ne pourra pas faire l’économie de cette  prise de conscience, et que nos modes de vie nécessitent des changements assez drastiques pour respecter les limites de la nature. Les pénuries possibles de cet hiver peuvent paraitre angoissantes, mais le fait d’en parler nous permet de nous y préparer. Et le fait que le gouvernement prenne des mesures en amont  est plutôt rassurant.

Sarah Koller, chercheuse en écopsychologie à l’Université de Lausanne.

Sarah Koller, chercheuse en écopsychologie à l’Université de Lausanne.

Mais l’alarmisme n’est-il pas le moteur de l’éco-anxiété ?

Je vois l’éco-anxiété comme la résultante d’une sorte d’incapacité à vivre nos émotions. L’éco-anxiété est contextuelle, c’est un phénomène collectif qui est lié à notre culture occidentale moderne. C’est comme la pointe de l’iceberg, qui cache toutes les émotions que nous n’avons pas l’habitude de mobiliser. Ne pas parler, refuser de regarder ce qui se passe, fait monter une anxiété diffuse. Arriver à faire quelque chose de nos émotions, exprimer sa peur et sa colère, qui sont souvent considérées comme taboues dans nos sociétés, prévient peut-être bien l’anxiété. C’est une question existentielle, qui nous renvoie à notre propre finitude et à nos vulnérabilités. Mais c’est aussi ce qui nous relie les uns aux autres.  

Comment atténuer l’anxiété collective ?

Depuis quelques années, des ateliers sont proposés en Suisse romande, pour aborder cette problématique à travers la méthode du travail qui relie de Joanna Macy. Celle-ci permet de prévenir l’épuisement et d’apprendre à vivre ses émotions de telle façon à y puiser de la force et aussi de la joie.  Dans le futur, tout ne sera pas agréable, mais tout ne sera pas austère non plus. On tente de sortir d’une vision binaire. Le plus important est surtout de ne pas rester seul.

Pourquoi ?

Parce que les enjeux sont trop gros pour tout porter seul. De plus, nous sommes tous reliés les uns aux autres. Quand on sort de l’anthropocentrisme, et que l’on voit la nature comme notre plus grand corps, on réalise cette interdépendance. En cela, on peut ressentir que chaque acte même minime du quotidien, notre manière d’utiliser l’eau, l’énergie, les transports, etc., participe au changement global. Et cela peut motiver à s’engager aussi à des échelles plus larges, l’action étant un des moyens privilégiés pour réduire l’éco-anxiété.

Nous ne sommes donc pas en pleine hystérie collective ?

Je n’en ai pas l’impression. Les climatologues avaient prédit qu’il y aurait de plus en plus de sécheresses et de phénomènes climatiques extrêmes. C’est une réalité qui s’opère et on ne pourra sans doute pas retourner en arrière. Il s’agit de faire notre maximum pour diminuer nos impacts, et nous préparer aux évolutions en  cours et à venir, lesquelles  n’excluent toutefois ni la joie ni la gratitude.

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