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Huit milliards d'humains: le cap est franchi!

Le population mondiale passe un nouveau seuil ce 15 novembre, selon les prévisions de l’ONU. Pour la démographe Clémentine Rossier, les États ont du pain sur la planche. Certains pour doper la natalité, d’autres pour la ralentir.

Texte Ariane Gigon
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Vector of crowd of multicultural people composing a world map

De plus en plus d'humains se pressent sur la planète, mais l'évolution n'est pas la même sur tous les continents. (Photo: Getty Images)

Clémentine Rossier, selon les prévisions de l’ONU, la population mondiale est en train de passer le cap des huit milliards de personnes. Une surprise?

Non, nous savons depuis plusieurs années que ce cap sera atteint en 2022. Nous connaissons les taux de fertilité et de mor­talité, qui ne changent pas si vite. Il est clair que la prédiction du 15 novembre ne repose pas sur un bilan à l’individu près et qu’il y a toujours de ­petites incertitudes.

Où la population progresse-t-elle le plus?

C’est l’Afrique subsaharienne qui grandit le plus vite. Elle restera du reste la seule région du monde à continuer à croître énormément jusque vers 2100. Le nombre moyen de naissances par femme y est encore de 4,6. Dans toutes les autres parties du monde, on observe une stabilité, sauf dans certains pays d’Asie du Sud et du Sud-Est, comme l’Inde, où il y aura encore une progression pendant quelques décennies. Sauf imprévu, le taux de fertilité va aussi s’y stabiliser, plus vite qu’en Afrique subsaharienne. En 2100, un habitant de la planète sur trois sera Africain.

Quels éléments amènent à une réduction de la natalité?

Les observations historiques montrent que lorsqu’une population passe d’une économie agricole de subsistance à une économie de services et d’industrie, les familles investissent dans l’éducation des enfants et les naissances diminuent. On n’a plus besoin de nombreux enfants pour travailler aux champs et assurer sa vieillesse. Mais il y a toujours beaucoup d’inconnues, notamment pour l’Afrique subsaharienne. Est-ce que les institutions étatiques vont pouvoir se consolider pour garantir l’accès à l’école, à la justice et à la sécurité, un préalable au développement économique?

Selon l’ONU, la population mondiale a perdu 1,8 année d’espérance de vie entre 2020 et 2021. La baisse est encore plus forte aux États-Unis. Un signe inquiétant pour les pays dits riches?

La baisse observée aux États-Unis depuis 2014 a été très remarquée parce que c’était la première fois qu’un renversement de tendance de cette durée et de cette ampleur touchait un pays à hauts revenus. Mais l’épisode récent du Covid reste insuffisant pour infléchir la tendance mondiale en matière de population. Même le sida n’avait pas changé la donne sur le plan mondial.

Avec des taux de naissances qui diminuent globalement, y a-t-il péril en la demeure pour le maintien de la population mondiale?

Il y aura une stabilisation vers 2100. Mais il est vrai que dans certains pays d’Europe de l’Est, les chiffres de population ont commencé à diminuer. Ces pays connaissent une forte émigration et peu de naissances. Les démographes estiment que lorsqu’une cohorte (toutes les femmes nées la même année)a 1,6 ou 1,7 naissance en moyenne, même si le chiffre est en dessous du seuil de renouvellement qui est de 2,1, la migration peut compenser. Mais en dessous, la population peut disparaître assez rapidement. On n’a toutefois pas encore observé de telles spirales de dépopulation rapide.

Selon l’ONU, la part des 65 ans et plus passera de 10% en 2022 à 16% en 2050. Elle était de 5% en 1950. Le déséquilibre entre actifs et non-actifs est-il une menace pour la cohésion sociale?

La vraie distinction à faire est la différence entre personnes dépendantes et personnes indépendantes ou, formulé autrement: qui est à la charge de qui. C’est ainsi qu’un jeune adulte avec des problèmes de santé aura besoin d’aide, tandis qu’une personne de 70 ans est peut-être encore active économiquement et complètement indépendante. Cependant le vieillissement de la population sera une tendance majeure du XXIe siècle, tout comme la migration. Les sociétés devront y ­répondre.

Quelles autres priorités devraient figurer à l’agenda ces prochaines années?

Je vois deux aspects: dans les pays du Nord, une partie de la population n’arrive pas à avoir le nombre d’enfants qu’elle souhaiterait. Or, fonder une famille reste parmi les objectifs de vie les plus importants des êtres humains. Dans certains pays à hauts revenus plutôt conservateurs, les politiques familiales ne sont pas assez développées, ce qui contribue à perpétuer les inégalités de genre et à limiter la fécondité. Ailleurs, il faut promouvoir l’accès à l’instruction, aux services de santé sexuelle et reproductive, en plus du développement économique, pour soutenir les couples dans leurs souhaits de famille plus petite.

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Pour Clémentine Rossier, professeure à l’Institut de démographie et socioéconomie de l’Université de Genève, il faudrait distinguer entre personnes qui ont besoin d'aide et personnes indépendantes, plutôt qu'entre jeunes et seniors. 

Et en Suisse?

8,7 millions d'habitants: c'est ce que comptait la Suisse fin 2021. En 2050, elle passera à 10,4 millions de personnes, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS).

1,52: c'est le nombre moyen d’enfants par femme en Suisse en 2021. Il devrait passer à 1,62 en 2050. En moyenne mondiale, il est 2,3 et devrait être de 2,1 en 2050.

85,7 ans. C'est l'espérance de vie en Suisse en 2021, pour les femmes. Elle est de 81,6 ans pour les hommes et est l’une des plus élevées au monde. En 2050, ces chiffres pourraient progresser à 89,6 ans (femmes) et 87,2 (hommes) ans.

19% de la population suisse avait 65 ans et plus en 2021. En 2050, les plus de 65 ans formeront 25,6% de la population. En moyenne mondiale, cette part passera de 10% en 2022 à 16% en 2050

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