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Panneaux photovoltaïques

Quand les façades produisent de l’énergie solaire

Migros Neuchâtel-Fribourg participe au projet européen Be-Smart en installant une centrale solaire en lieu et place de l’une des façades de Marin-Centre. Le but? Montrer que le photovoltaïque peut être utilisé comme élément de construction.

Texte Pierre Wuthrich
Photos Matthieu Spohn
Date
montage des panneaux solaires à marin-centre (NE)développés par le Csem.

La nouvelle paroi sera constituée de panneaux photovoltaïques sur une surface de 278 m2.

Un drôle de chantier se déroule actuellement à Marin-Centre, le centre commercial amiral de Migros Neuchâtel-Fribourg situé à La Tène (NE). Une paroi de 278 m2, qui ne présentait aucun défaut, vient d’être démontée afin d’être remplacée par une autre, quasi identique. «Lorsque les travaux seront terminés, d’ici trois semaines, les clients ne devraient même pas remarquer de différence», avance Cédric Charrière, responsable du secteur Énergie & Environnement à Migros Neuchâtel-Fribourg. Pourtant, la nouvelle paroi ne sera en rien pareille à la précédente puisqu’elle sera constituée de panneaux photovoltaïques se fondant dans l’architecture.

«Durant la première phase du chantier, nous avons retiré l’enveloppe du bâtiment pour pouvoir renforcer la sous-structure qui portera l’installation solaire. Cela est nécessaire, car les panneaux que nous montons sont plus lourds que les éléments précédents, qui étaient en aluminium. Ils sont aussi plus épais que des panneaux classiques, car, en plus de produire de l’énergie, ils constituent la peau du centre commercial», commente Cédric Charrière.

montage des panneaux solaires à marin-centre (NE)développés par le Csem.

Les panneaux solaires vont se fondre dans l’architecture et, une fois les travaux achevés, les client(e)s ne devraient même pas remarquer de différence.

Cette nouvelle façade ne produira que 1% des besoins de Marin-Centre. C’est peu. Mais la pertinence du chantier réside ailleurs. Les travaux s’inscrivent dans le projet européen Be-Smart, coordonné par l’EPFL à Neuchâtel. Celui-ci souhaite démontrer qu’une production d’énergie solaire peut s’intégrer à n’importe quel bâtiment, qu’il soit neuf ou non, tout en étant rentable. Dans ce cadre, trois sites – en Norvège, en Suède et à La Tène donc – ont été sélectionnés et vont jouer le rôle de démonstrateur auprès des architectes et des urbanistes ainsi que des politiciens et des citoyens. «Aujourd’hui, il n’y a plus de limites techniques: le panneau photovoltaïque est un élément de construction à part entière et peut répondre à tous les besoins. Si une maison doit être blanche, nous pouvons créer des panneaux blancs», se réjouit Cédric Charrière.

Adaptables à souhait

Pour ce faire, les constructeurs peuvent compter sur une technologie de l’entreprise neuchâteloise Solaxess qui a développé avec le CSEM, le Centre suisse d’électronique et de microtechnique, lui aussi à Neuchâtel, des films colorés opaques laissant passer le rayonnement infrarouge. Se déclinant en une foule de coloris, cette fine couche révolutionnaire peut aussi arborer le motif que l’on souhaite. Il est par conséquent même possible d’imaginer des publicités ou des photos grand format derrière lesquelles se cacherait une installation solaire.

À Neuchâtel, certains panneaux blancs seront disposés sur la façade pour montrer la faisabilité de la chose. L’ensemble viendra par ailleurs compléter une autre installation solaire que les clients ne peuvent pas non plus voir – car disposée sur le toit. «Nous y avons installé 11 000 m2 de panneaux, qui fournissent 40% de l’énergie que le centre consomme. C’est la plus grande centrale solaire du canton», se réjouit Cédric Charrière, avant de conclure: «Les toitures ne seront pas suffisantes pour couvrir les besoins énergétiques. Nous devrons privilégier des installations solaires qui utilisent toutes les surfaces des bâtiments.» D’où la grande pertinence du projet Be-Smart.

«Il s’agit d’une solution efficace et dont les prix sont compétitifs»

Laure-Emmanuelle Perret*, comment Marin-Centre a-t-il été choisi pour ce projet européen?

Be-Smart a été lancé à Neuchâtel, là où la thématique de l’intégration architecturale du solaire dans les bâtiments est étudiée depuis longtemps. Il me tenait donc à cœur d’avoir un démonstrateur provenant de la région. Par ailleurs, les centres commerciaux sont bien adaptés pour recevoir des façades actives, car ils disposent souvent de vastes surfaces sans fenêtres. Le bâtiment Migros à Marin-Centre était donc prédestiné pour accueillir ce projet.

Quels sont les principaux enseignements que l’on peut tirer de Be-Smart?

Aujourd’hui la technologie existe. Il s’agit d’une solution efficace, esthétique et dont les prix sont compétitifs. Ainsi, les panneaux solaires destinés au bâtiment se basent sur les mêmes technologies que les panneaux classiques et leur durée de vie est garantie au-delà de trente ans. Il faut maintenant apprivoiser cette innovation et apprendre à travailler de manière multidisciplinaire.

C’est-à-dire?

La coordination au niveau de la fabrication, de la planification des projets entre architectes et ingénieurs ainsi que la collaboration entre les différents corps de métier sur un chantier n’est pas encore optimale. Be-Smart a montré qu’il y avait ici un grand potentiel d’amélioration. Si l’on maîtrise ces différents aspects, on pourra faire considérablement baisser les coûts.

Quel est l’après Be-Smart?

Ce type d’élément actif pourrait être utilisé dans tout projet architectural. J’espère donc que, dans un avenir proche, les façades actives seront la norme. Nous n’avons pas le choix, il faut aller vite, il y a urgence.

 

*Laure-Emmanuelle Perret, coordinatrice du projet Be-Smart pour l’EPFL et membre de l’administration de Migros Neuchâtel-Fribourg

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