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Pour-cent culturel Migros
Rappeur ouvertement gay, Dibby trace son chemin dans un univers du hip-hop qui s’ouvre timidement aux différences. Avec détermination et talent.
Dibby, vous avez commencé à rapper à 9 ans déjà. Quel a été le déclic?
J’ai découvert le hip-hop avec Diam’s et j’ai tout de suite kiffé cette musique, mais aussi la culture hip-hop avec les graffs, la danse, la manière de s’habiller… Il y avait en moi une sorte de fantasme d’aller vers cet univers, car j’admirais la prestance des rappeurs. Je voulais être cool comme eux.
Mais ce monde macho est-il vraiment compatible avec l’enfance?
Le rap a servi d’échappatoire à une situation familiale conflictuelle. Je me suis accroché à cette musique, et cela m’a permis de mettre un pied hors de la case invisible dans laquelle mes parents voulaient me mettre.
Comment définiriez-vous votre style?
C’est un rap queer. J’aime utiliser ce mot qui était au départ employé pour dénigrer la communauté LGBTQIA+ avant que nous ne nous l’appropriions. Il signifie «bizarre, déviant» et correspond à mon style, qui est difficile à définir. On y retrouve les codes virils du rappeur, mélangés avec une gestuelle plus assumée, un look extravagant et des influences électroniques. Sur scène, c’est du rock, presque du métal.
Était-ce un choix difficile à faire?
Quand j’ai pris conscience que j’étais gay, je me suis posé durant un an la question de savoir si j’étais légitime en tant que rappeur. J’ai même failli aller du côté de la variété jusqu’à ce que je réalise que ça ne me correspondait pas et que, moi aussi, j’avais le droit de faire du rap.
Vous avez donc fait un coming-out musical…
Oui, car je n’avais pas envie de me cacher et voulais apporter une nouvelle brique à l’édifice du hip-hop. Pour cela, j’ai écrit la chanson «Arc-en-ciel», puis très vite le titre «Pédé».
Le milieu du rap est souvent considéré comme homophobe, avez-vous dû faire face à beaucoup de critiques?
Il est vrai que le rap véhicule beaucoup de clichés liés à la violence et la misogynie. Mais cela vient du gangsta rap des années 1990. Aujourd’hui, cet héritage perd de sa force, et j’ai eu une majorité de retours positifs.
Et l’industrie musicale, est-elle prête à soutenir un rappeur queer?
Non pas forcément, car il lui manque un exemple de star queer dans le milieu du hip-hop et du rap qui a vraiment réussi. Du coup, elle ne voit pas encore comment elle peut monétiser un tel artiste.
Pensez-vous vraiment que vos textes puissent faire évoluer les mentalités?
Clairement. D’un côté, beaucoup de personnes queers qui n’étaient pas familières avec le milieu hip-hop s’y sont intéressées grâce à moi. De l’autre, il y a toute une partie du public qui ne se reconnaît pas forcément dans mes paroles mais apprécie ma musique et la façon dont je mène mon combat. Je suis content de parvenir à casser les codes, surtout que cela demande au préalable de les maîtriser.
Finalement, cette attitude vous permet de vous démarquer de la concurrence des autres rappeurs…
Oui, mais je ne veux pas non plus être enfermé dans cette case de «rappeur gay» et je n’éprouve pas non plus le besoin de militer dans chacun de mes titres. Avec mon nouvel album, «Hardcœur», j’aborde aussi des sujets dans lesquels plus de gens pourront se reconnaître.
Un jour, un jeune mec trans de cité m’a écrit pour me remercier de ce que je faisais. Pour moi, ce genre d’écho vaut plus que des milliers de streams.
Où trouvez-vous alors votre inspiration?
Cet album se voulait thérapeutique. Je voulais me reconnecter avec mon enfant intérieur en combattant les moments noirs de ma vie. Je voulais aussi brûler les peines du moment. J’ai commencé à l’écrire et le composer en ayant peu, voir pas d’argent, pas de boulot, et en étant dans une relation toxique avec mon ex petit ami. J’en suis ressorti comme guéri, et les personnes nocives qui m’entouraient ont alors disparu de ma vie.
De quoi êtes-vous le plus fier?
Quand je regarde en arrière, je suis fier de mon parcours même si je ne vis pas encore de ma musique. Je suis parti de rien, en autodidacte, et j’ai créé tout seul mon personnage. Je compose la musique qui me plaît et suis mon propre directeur artistique.
Ne connaissez-vous pas des moments de découragement?
Je suis dans le rouge tous les mois. Je travaille la nuit comme barman et j’investis tout ce que je gagne dans ma musique, mais je ne regrette rien. Je suis heureux de pouvoir monter sur scène et faire plaisir au public. Un jour, un jeune mec trans de cité m’a écrit pour me remercier de ce que je faisais. Pour moi, ce genre d’écho vaut plus que des milliers de streams.
Quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui doutent?
Il faut faire ce que tu veux faire et il faut être la personne que tu veux être même si c’est compliqué. Rien ne sert d’arriver à 60 ans avec le regret de ne pas avoir osé sortir de sa zone de confort. Et puis, il faut aussi persévérer. Si les portes sont fermées, il faut les contourner. C’est important que les gens vivent leur réalité.
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