
Hommage
Adieu, cher Jules Kyburz
Avis de décès de Jules Kyburz, ancien président de la direction générale de la FCM, qui nous a quittés à l’âge de 93 ans.
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Entretien
Le skieur zurichois Niels Hintermann vient de faire son retour dans l’élite mondiale, après une pause forcée pour combattre un cancer. Il parle de bonheur.
Quand avez-vous été vraiment heureux pour la dernière fois?
Tout le temps depuis février dernier. Depuis que j’ai terminé la radiothérapie et que je suis considéré comme guéri du cancer. Je suis heureux d’avoir pu reprendre mon métier de skieur de compétition. Je considère cela comme un grand privilège.
Depuis votre lymphome, le bonheur a-t-il pour vous une signification différente de celle qu’il avait auparavant?
Non, mais j’ai beaucoup plus conscience des moments de bonheur. Cela peut être une soirée de jeu en famille ou un repas entre amis. Pouvoir s’entraîner normalement, ressentir des courbatures... Je savoure beaucoup plus tout cela aujourd’hui.
La maladie vous a-t-elle permis de vous découvrir de nouveaux loisirs?
Non, mais comme mon corps a rapidement atteint ses limites et que je ne pouvais pas m’entraîner beaucoup, j’ai eu le temps de faire ce que j’ai toujours aimé faire, comme cuisiner. À l’hôtel à Zermatt, j’ai découvert une soupe aux marrons que j’ai aussitôt refaite à la maison; et je l’ai bien réussie.
On vous a diagnostiqué un lymphome peu après votre mariage. Comment votre couple a-t-il réagi face à cela?
Les huit semaines de chimiothérapie et les deux semaines de radiothérapie n’ont pas été simples. Ma vie quotidienne s’est soudainement arrêtée. En revanche, j’étais plus souvent à la maison, ma femme et moi avions plus de temps l’un pour l’autre. Heureusement, je me sentais plutôt bien physiquement la plupart du temps. En janvier, nous sommes partis spontanément avec mes beaux-parents et mon beau-frère en Norvège du Nord pour voir les aurores boréales. Un rêve que je n’aurais pas pu réaliser autrement durant ma carrière active de skieur.
À quel point vous êtes-vous senti proche de la mort?
Le médecin-chef de la fédération de ski m’a annoncé le diagnostic un mardi soir. Il a tout de suite dit qu’il s’agissait d’un type de cancer bien étudié, avec de grandes chances de guérison, et que ce n’était pas une question de vie ou de mort. Mais ce n’est que le vendredi que j’ai pu discuter de la marche à suivre avec l’oncologue qui me suit. Le temps entre les deux rendez-vous m’a paru interminable.
En tant que skieur de compétition, vous dévalez une piste glacée à plus de 140 kilomètres à l’heure. Y a-t-il souvent un danger de mort?
En tant que spectateur, on oublie vite que dévaler les pistes de Bormio ou de Kitzbühl ne se fait pas du jour au lendemain. Avec le temps, j’ai très bien appris à évaluer les dangers et mes limites, notamment en me blessant. Mais il y a trop d’accidents graves en ce moment.
Le ski vous rend-il heureux?
Certainement. Très tôt le matin alors que tout est calme, les heures d’entraînement sur le glacier au Chili ou à Zermatt sont incomparables. J’ai appris à apprécier à nouveau les levers de soleil.
Quel a été votre moment le plus heureux en tant que skieur?
Mon moment le plus heureux, je ne l’ai pas vécu en combinaison de ski, mais en costume. C’est mon mariage.
Vous êtes déjà monté plusieurs fois sur la plus haute marche du podium. À quel point la performance, le succès et le bonheur sont-ils liés?
Le bonheur, ce n’est pas le succès. Le bonheur, c’est d’avoir pu faire de ma passion mon métier. Une place sur le podium n’est que de courte durée. Mon plus grand bonheur, c’est de rentrer le soir dans un foyer où quelqu’un m’attend. Le bonheur, c’est aussi de vivre en Suisse avec un si bon système de santé.
Le plus grand bonheur pour moi, c’est de pouvoir rentrer le soir dans un foyer où quelqu’un m’attend.
Vos succès passés sont-ils un moteur pour votre retour?
Bien sûr, le ski n’est pas devenu banal pour moi, bien au contraire. Je veux toujours gagner, j’ai de l’ambition.
Les sportifs amateurs parlent parfois du «runner’s high» ou du fait qu’ils se sentent mieux après une heure d’exercice. Ce sentiment d’euphorie après le sport existe-t-il aussi en tant que professionnel?
On se sent toujours mieux après avoir fait du sport, puisque le corps sécrète des endorphines. Sauf après un entraînement de musculation de trois heures ou un entraînement intensif fractionné. Il m’arrive alors de me sentir mal, c’est la différence du sport professionnel. Mais je fais aussi du sport pour le plaisir, je joue au golf avec ma femme et mes beaux-parents.
Entraînement difficile, risque de blessure élevé, chaussures de ski qui font mal...
Elles peuvent effectivement être très douloureuses! Je chausse du 45, mes chaussures de ski sont du 43.
... comment s’équilibre le rapport entre souffrance et de euphorie dans votre profession?
Je sais à quoi servent les épreuves. L’entraînement me rend plus fort, je sens que je m’améliore. Physiquement, après la maladie, j’ai étonnamment retrouvé rapidement un très bon niveau. Maintenant, il faut encore que tout s’aligne sur les skis.
À 10 ans déjà, vous vous êtes retrouvé en Autriche dans une école de sport. Est-ce que cela fut une période heureuse pour vous?
Les six premiers mois furent difficiles, j’étais l’étranger et je me sentais à l’écart. Les enfants de dix ans peuvent être assez désagréables, ils m’ont fait de vilaines blagues. J’avoue que ça n’a pas été facile, mais cela m’a permis de développer ma résilience, et j’ai aussi appris comment aller vers les autres pour être mieux accepté. En fin de compte, c’était une période fantastique.
Dans quelle mesure le bonheur est-il une question d’attitude et quel rôle joue le mental?
L’attitude est importante. Le regard que l’on porte sur la vie fait la différence. Il y a toujours un aspect positif quelque part. Si l’on parvient à le découvrir, on peut voir le bon côté des choses. Mon cancer n’a pas été une partie de plaisir, mais il m’a permis de passer des moments précieux avec ma femme et ma famille. J’ai rencontré des gens formidables, notamment ceux qui ont toujours cru en moi, comme mon sponsor principal.
Qu’est-ce qui vous rendrait heureux à l’avenir?
Pouvoir profiter pleinement du temps qu’il me reste, que ma famille et moi restions en bonne santé. Cela me ferait aussi plaisir de me reconnecter au sport. Et pour finir, peut-être que mon histoire donnera du courage à d’autres. Cela me rendrait heureux.
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