Emballage

Un emballage qui ne demande qu’à croître

La start-up bâloise Mycrobez fabrique de la mousse biologique à partir de champignons et souhaite insuffler plus de circularité dans le secteur de l’emballage à travers le monde.

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Nina Huber
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Que faisons-nous?

Dans le laboratoire, on aperçoit des sacs transparents remplis d’une masse fibreuse et brune qui ressemble à une pelote de laine. La cave de cette maison mitoyenne bâloise abrite en effet une drôle de végétal: un champignon, nourri aux déchets biologiques. Il en résulte un matériau dont les propriétés sont similaires à celles de la mousse synthétique comme le polystyrène: grande légèreté, isolation et résistance. L’un des avantages réside dans son mode de culture. La matière première sort littéralement du sol, car la mousse biologique est basée sur un réseau de racines de champignons ou mycélium. Et – autre atout encore plus intéressant – il est 100% biodégradable et peut être transformé en engrais.

Avec leur start-up Mycrobez, trois jeunes entrepreneurs ingénieux de Bâle peaufinent ce matériau d’emballage ­durable. «Notre vision est de changer l’industrie de l’emballage, en remplaçant les matériaux jetables nocifs pour l’environnement par des composants qui restent dans le cycle», explique Moritz Schiller (23 ans), co-fondateur de l’entreprise. Leur mousse biologique peut se dégrader complètement en un mois. En particulier pour les pays ­sans structure de recyclage, l’emballage compostable serait une aubaine.

Il y a quatre ans, Moritz Schiller et Mosas Pilscheur ont aidé leur ami Jonas Staub à réaliser son travail de maturité. Il s’agissait d’une imprimante 3D capable d’imprimer des cellules fongiques. Ils avaient 19 ans à l’époque. «Jusqu’alors, quand je parlais de champignons, je pensais simplement à ceux que nous mangions. Pourtant, depuis un milliard et demi d’années, ces êtres vivants fascinants remplissent diverses fonctions essentielles à la survie et ont également permis la vie sur la terre ferme», explique Moritz Schiller. En effet, dans l’assiette, on ne voit que le chapeau et le pied: en dessous, il y a le mycélium, un fin ­réseau de racines qui fournit des nutriments au champignon.

La découverte dans la cave à vin

La fascination pour les champignons n’a plus quitté ces jeunes hommes. Et comme ils avaient du temps après la maturité, ils ont continué les expérimentations dans la cave à vin du père de Mosas, sur trois mètres carrés. Ils ont commandé sur Internet des champignons comestibles à cultiver eux-mêmes, en ont extrait le mycélium et l’ont mélangé à des déchets biologiques comme des tiges de haricots. Le mycélium a dévoré le milieu nutritif et s’est développé en une masse: le composite de ­mycélium. Nos trois curieux ont testé des paramètres tels que l’humidité, la température, l’oxygène et le CO₂. Et, à leur grande surprise, ils ont obtenu une sorte de mousse au bout de quelques semaines.

Après la réussite de leurs premiers essais, ils ont commencé à faire des recherches plus approfondies et se sont aperçus qu’ils n’étaient pas les premiers à obtenir de la mousse biologiques à partir de champignons. On produit déjà une mousse de ce type aux États-Unis, mais là-bas, le mycélium est inoculé manuellement dans le milieu nutritif. Le trio a compris que le processus devait être entièrement automatisé afin que la mousse biologique puisse rivaliser avec le polystyrène en termes de prix et de quantité. Et ce n’est qu’à cette condition qu’elle deviendrait réellement une alternative attrayante pour les entreprises. Un autre obstacle à la production massive réside dans la nature même de la chose: le matériau dépend du produit d’origine – pour la mousse de maïs, il faut du maïs, pour le film d’algues, des algues. «En production, dépendre des matières premières signifie être à la merci des fluctuations de l’offre et des prix», explique Moritz Schiller.

Des enzymes digestives flexibles

À cet égard, Mycrobez a réussi un coup de maître: cultiver un champignon qui adapte ses enzymes digestives de manière flexible à chaque biodéchet. Ainsi, que l’on utilise des déchets issus de la production de crayons en bois, des restes de battage, de la sciure ou des déchets issus de la production alimentaire comme des tiges de haricots ou des pellicules de café, le produit final reste une mousse de champignons. Actuellement, Mycrobez s’approvisionne en matières premières auprès de grandes entreprises des industries alimentaire et agricole locales.

Comme la mousse biologique possède de nombreuses propriétés, elle peut servir de manière polyvalente dans toute l’industrie: par exemple comme isolation phonique ou thermique dans le secteur du bâtiment, car contrairement au polystyrène, elle n’est pas sujette à la combustion spontanée. Elle peut aussi être employée dans l’industrie du meuble et du ­design. Ou encore dans l’industrie du luxe, sous forme de boîtes pour les montres, de stylos ou de flacons. Cependant, Mycrobez vise surtout des applications dans le domaine de l’emballage, car c’est là, selon Moritz Schiller, grâce à la réduction drastique des déchets plastiques, que l’effet durable sera le plus ­rapide.

Actuellement, ce sont des partenaires – investisseurs privés et sponsors, dont le Fonds pionnier Migros –  qui financent la start-up. La jeune pousse compte aujourd’hui 17 collaboratrices et collaborateurs et dispose de ses propres laboratoires et ateliers. Elle s’inscrit parfaitement dans la feuille de route définie après la fondation. Son objectif n’est pas de devenir une entreprise de production, mais de mettre à disposition le procédé de fabrication adapté à l’ application et au pays concernés, autrement dit de vendre des licences.

En concurrence avec le polystyrène

La start-up travaille actuellement avec des entreprises partenaires d’envergure mondiale pour des application multiples dans plusieurs secteurs de l’industrie. En 2025, la preuve devrait être apportée qu’il est possible de produire une mousse naturelle, la première au monde, dont le prix rivalisera avec celui du polystyrène. Mycrobez pourrait ainsi bel et bien inaugurer un nouveau standard en matière d’­emballage ­durable.